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COMMERCE DES TULIPES.

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COMMERCE DES TULIPES EN HOLLANDE,

AU DIX-SEPTIEME SIECLE.

1. Parmi les productions naturelles, qui par les relations de l'Europe avec l'Orient ont été transportées dans nos cliinats, se trouve une fleur que les Turcs appellent tulibant, et qui en Europe a reçu le nom de tulipe. Il paraît qu'elle était déjà assez connue dans nos contrées vers le milieu du seizième siècle. Vous savez que cette fleur varie beaucoup dans ses nuances, mais que bien d'autres fleurs la surpassent en odeur. Néanmoins, la tulipe acquit, un siècle après sa transplantation en Europe, une considération telle que n'en a jamais obtenu une fleur quelconque, et qu'elle fut même mise fort au-dessus des plus précieux métaux. Les amateurs de fleurs semblaient être pris d'une sorte de fureur ; et l'on désigne fort bien leur ridicule manie par le mot de tulipomanie, qui a été conservé pour servir de monument à ce genre de folie.

Ce fut depuis 1634 jusqu'à 1637 que la tulipomanie exerça son influence dans la Hollande, particulièrement dans les villes de Harlem, Amsterdam, Utrecht, Leyde, Rotterdam, etc. Les tulipes y montèrent à des prix énormes, et enrichirent beaucoup de spéculateurs. Les fleuristes estimaient surtout quelques espèces auxquelles ils donnaient des noms particuliers, et qu'ils vendaient plus cher que les autres. Un seul oignon de l'espèce appelée viceroy rapporta au propriétaire quatre bæufs gras, huit porcs, douze moutons, dix quintaux de fromage, deux tonneaux de vin, un lit et un habillement complet, uno coupe d'argent, une grande quantité de blé et d'autres provisions de la valeur de vingt-cinq mille florins.

On vendait aussi les oignons au poids comme les choses les plus précieuses, souvent une once coûtait des milliers de florins. L'espèce la plus estimée était celle qu'on nommait semper augustus; on l'évaluait à deux millo florins ; on prétendait qu'elle était si rare, qu'il n'existait que deux fleurs de cette espèce, l'une à Harlem, l'autre à Amsterdam. Un particulier, pour en avoir une, offrit quatre mille florins, et en sus une belle voiture avec deux

Un seul semper

chevaux et tous les accessoires. Un autre céda pour un oignon douze arpents de terre.

En 1637, la collection de tulipes d'un particulier qui venait de mourir fut vendue

par ses héritiers pour

la somme de deux cent seize mille francs. zugustus de cette vente fut acheté mille trois cents louis.

Un habitant de Bruxelles, qui avait dans son jardin une terre très favorable à la culture des tulipes, qui de simples qu'elles étaient, se changeaient en tulipes panachées, gagna beaucoup d'argent à soigner les feurs qu'on lui apportait. Les tulipomanes mettaient leurs tulipes en pension chez lui, et le chargeaient en quelque sorte de leur éducation.

La passion pour les tulipes tournait la tête à tout le monde. Ceux qui ne pouvaient s'en procurer, faute d'argent comptant, en acquéraient par un échange de terres et de maisons. Les fleuristes, et d'autres particuliers qui se inėlaient de la culture des fleurs, firent en très peu de temps une fortune immense.

II. Toutes les classes de la société voulurent faire le commerce des tulipes ; les gentilshommes spéculèrent sur la tulipomanie tout comme les bourgeois. Un parterre de tulipes était le plus grand trésor qu'on pût avoir alors, et valait autant que le plus magnifique château.

A l'égard du commerce des fleurs, j'ai à ajouter que les villes de la Hollande, particulièrement celle d'Harlem, ont conservé jusqu'à notre temps le dépôt des fleurs de jardins. Après les tulipes qui produisirent, comme nous avons vu, un vertige si étrange, on s'engoua un siècle plus tard pour les jacinthes ; on vit payer vers 1730 cent louis pour une seule fleur de cette espèce; mais cet engouement tomba aussi, et les jacinthes finirent par se vendre à aussi bas prix que les tulipes. Toutefois les fleuristes d'Harlem cultivent des espèces rares qui sont assez chères. Ils ont d'ailleurs une variété étonnante de toutes les fleurs qui servent à l'ornement de nos parterres, et en font un commerce lucratif. Entre Alkmaer et Leyde, on voit des champs entiers couverts de jacinthes. Les jardins des fleuristes d'Harlem offrent vraiment un aspect brillant.

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

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" June 76

CHA

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.

Autrefois le rat de ville

Invita le rat des champs,
D'une façon fort civile,

A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie

Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie

Que firent les deux amis.

Le régal fut fort honnête ;

Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête

Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle

Ils entendirent du bruit.
Le rat de ville détale ;

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Rats en campagne aussitôt;
Et le citadin de dire :

Achevons tout notre rôt.

C'est assez, dit le rustique ;

Demain vous viendrez chez moi
Ce n'est pas que je me pique

De tous vos festins de roi.

Mais rien ne vient m'interrompre;

Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir

.
Que la crainte peut corrompre.

TOILETTE DE BAL

(Par Madame de Genlis.) Le premier jour de mon arrivée à Paris on marracha deux dents; le lendemain on me mit deux mille papillotes ; et le huitième ... Ah! ce fut là le vrai supplice . . . or me mena au bal. J'étais charmée d'aller au bal. Hélas ! je ne le connaissais pas : on m'avait seulement parlé de danses et de collations et j'attendais le jour du bal avec impatience. Enfin il arrive, et l'on me Jit que l'on va m'habiller en bergère. L'habit était bien choisi ; il ine paraissait commode pour danser. Mais ils ont à Paris une drôle d'idée des bergères ; vous allez voir. D'abord on commence par m'établir sur la tête une énorme toque; puis on attache cette toque avec des épingles longues comme le bras; ensuite on mic là-dessus un grand chapeau, et pardessus le chapeau de la gaze et des rubans, et par-dessus les rubans une demi-douzaine de plumes, dont la plus petite avait au moins deux pieds de hauteur. J'étais accablée sous le faix ; je ne pouvais ni remuer, ni tourner la tête. Ensuite on me para d'un habit tout couvert de guirlandes, et l'on me dit : Prenez garde d'ôter votre rouge, de vous décoiffer, et de chiffonner votre habit, et divertissezJe pouvais à peine marcher.

On m'établit sur une banquette, où l'on m'ordonna d'attendre qu'on vînt me prier. J'attendis longtemps. J'avais l'air si triste, que personne ne s'avisait de penser que j'eusse la moindre envie de danser. A la fin pourtant je fus priée, mais la place était prise, et je revins à ma banquette. Au bal, les de. moiselles qui courent le mieux, sont celles qui dansent le plus. J'ai trouvé là des demoiselles qui étaient bien pis qu'impolies ; elles étaient cruelles ; elles me regardaient de la tête aux pieds avec une mine ... une vilaine mine, je vous assure, et puis elles riaient entre elles et aux grands éclats. J'étais sans doute ridicule, mais j'avais l'air timide et mal à mon aise. N'auraient-elles pas dû me plaindre et m'excuser ? La place était toujours prise, et bientôt je fus entièrement délaissée par tous les danseurs. Il faisait dans la salle un chaud si insupportable, que, quoique immobile sur ma banquette, j'étais en nage.

Et voilà ce qu'ils appellent un grand plaisir, une fête !

vous bien.

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LE CORBEAU ET LE RENARD.
Maitre corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l'odeur alléché,

Lui tint à peu près ce langage :
Hé! bonjour, monsieur du corbeau !
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.

A ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,

Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

LE CYGNE.

LORSQUE cet oiseau vogue doucement sur l'eau, il offre aux yeux un des plus beaux ouvrages de la nature. On ne peut se lasser d'admirer l'élégance de ses contours, et la grâce qu'il déploie dans chacune de ses habitudes. 11 nage plus vite qu'un homme ne saurait marcher. Le plumage du cygne domestique est entièrement blanc, son bec est rouge, excepté le bout du demi-bec supérieur, qui est noir : le cygne domestique, plus gros que le cygne sau. vage, pèse ordinairement vingt livres. Cet oiseau est le plus silencieux de tous ; il ne peut faire entendre qu'un sissement lorsqu'il est provoqué. Sous ce rapport, il est très différent du cygne sauvage.

Le mâle et la femelle construisent leur nid tantôt sur une touffe d'herbes sèches sur le rivage, tantôt sur des roseaux abattus, entassés et flottants. La ponte a lieu de deux jours l'un : elle est de

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