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dans cet espace, il en jouira légitimement comme d'un bien qui est à lui.'

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LA GÉNÉROSITÉ CONSISTE SURTOUT À FAIRE DU

BIEN A SES ENNEMIS. Un honnête père de famille, chargé de biens et d'années, voulut régler d'avance sa succession entre ses trois fils, et leur partager ses biens ; le fruit de ses travaux et de son industrie. Après en avoir fait trois portions égales, ut avoir assigné à chacun son lot: “Il me reste," ajoutat-il, un diamant de grand prix; je le destine à celui de vous qui saura mieux le mériter par quelque action noble et généreuse, et je vous donne trois mois pour vous mettre en état de l'obtenir.” Aussitôt les trois fils se dispersent, mais ils se rassemblent au temps prescrit. Ils se présentent devant leur juge, et voici ce que raconte l'aîné: “ Mon père, durant mon absence, un étranger s'est trouvé dans des circonstances qui l'ont obligé de me confier toute sa fortune; il n'avait de moi aucune sûreté par écrit, et n'aurait été en état de produire aucune preuve du dépôt ; mais je le lui ai remis fidèlement. Cette fidélité n'estelle pas quelque chose de louable ?”—“Tu as fait, mon fils,” lui répondit le vieillard, " ce que tu devais faire. Il

. y aurait de quoi mourir de honte, si l'on était capable d'en agir autrement, car la probité est un devoir. Ton action est une action de justice; ce n'est point une action de générosité.” Le second fils plaida sa cause à son tour, à peu près en ces termes : “Je me suis trouvé, pendant mor. voyage, sur le bord d'un lac; un enfant venait imprudemment de s'y laisser tomber; il allait se noyer; je l'en ai tiré, et lui ai sauvé la vie, aux yeux des habitants d'un village que baignent les eaux de ce lac; ils pourront attester la vérité du fait.”—“A la bonne heure,” interrompit le père ; “ mais il n'y a point encore de noblesse dans cette action ; il n'y a que de l'humanité.” Enfin, le dernier des trois frères prit la parole. "Mon père,” dit-il, , *j'ai trouvé mon ennemi mortel, qui, s'étant égaré la nuit, s était endormi, sans le savoir, sur le penchant d'un abime ; le moindre mouvement qu'il eût fait, au moment de soli réveil, ne pouvait manquer de le précipiter; sa vie était entre mes mains ; j'ai pris soin de l'éveiller avec les précautions convenables, et l'ai tiré de cet endroit fatal.”“ Ah! mon fils,” s'écria le bon père avec transport, et en l'embrassant tendrement, “ c'est à toi, sans contredit, que le diamant est dû."

AMITIÉ DE COLLÉGE. Les deux classes de l'école de Westminster, à Londres, n'étaient séparées que par un rideau qu'un écolier déchira fair hasard.

Comme cet enfant était d'un naturel doux et timide, il tremblait de la tête aux pieds, dans la crainte du châtiment qui lui serait infligé par un maitre connu pour être très rigide. Un de ses camarades le tranquillisa, en lui promettant de se charger de sa faute et de sa punition ; ce que réellement il fit. Cet écolier, comme vous le voyez, avait du courage, et savait faire un sacrifice en faveur de l'amitié. Je blâmerais fort l'autre enfant d'avoir eu la lâcheté de laisser punir son ami à sa place, si dans la suite il n'eût bien réparé cette faute.

Lorsque ces deux écoliers furent parvenus à l'âge d'homme, il y eut en Angleterre une révolution qui bouleversa le gouvernement, et qui divisa le peuple. Les uns prirent le parti du roi, et les autres celui du parlement : on forma des armées de part et d'autre, et l'on se battit avec fureur. Dans une affaire, les républicains firent prisonniers plusieurs des officiers du roi.

On nomma aussitôt des juges pour faire le procès à ces infortunés. Parmi ces juges se trouva l'écolier timide, qui s'était rangé sous la bannière du parlement; et parmi les officiers qui devaient être condamnés à mort, était l'écolier généreux, qui s'était dévoué au roi. L'écolier timide entend pronon. cer le nom de son ami, qu'il n'a point vu depuis le collége, il le considère avec attention, croit le reconnaître, s'assure par des questions sages qu'il ne se trompe point et, sans He découvrir lui-même, prend avec empressement le chemin

ANECDOTE SUR LE DOCTEUR YOUNG.

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de Londres. Il y emploie si heureusement son crédit auprès de Cromwell, le chef des républicains, qu'il próserve son ami du triste sort qui lui était réservé.

ANECDOTE SUR LE DOCTEUR YOUNG

Ce grand écrivain allait un jour en bateau, avec quelques dames au Vauxhall, et cherchait à les amuser en jouant in air de flûte. Il y avait derrière eux quelques officiers qui allaient au même endroit. Le docteur cessa de jouer dès qu'il les vit s'approcher. Un d'eux lui demanda par quelle raison il mettait sa fûte dans sa poche ? “ Par la même raison que je l'en ai tirée, parce que cela me fait plaisir," répliqua le docteur. L'élève de Mars lui répliqua d'un ton impérieux, que, s'il ne reprenait pas aussitôt sa flûte, ii allait à l'instant le jeter dans la Tamise. Le docteur, dans la crainte d'effrayer les dames, digéra cette insulte de la meilleure grâce qu'il put, prit sa flûte, et continua d'en jouer pendant tout le temps qu'ils furent sur l'eau. Il aperçut dans la soirée l'officier, qui en avait agi si cavalièrement envers lui, se promenant seul à l'écart; il fut droit à lui, et lui dit avec beaucoup de sang-froid : “ C'était, monsieur, pour éviter de troubler ma compagnie et la vôtre que j'ai acquiescé à votre arrogante injonction; mais afin que vous soyez bien convaincu qu'on avoir autant de courage sous un habit noir que sous un uniforme, j'espère que vous vous trouverez demain à tel endroit, sans second, la querelle étant absolument entre nous. docteur stipula en outre que cette affaire se viderait l'épée à la main.

L'officier consentit implicitement à toutes les conditions. Les duellistes se rencontrèrent le lendemain à l'heure et au lieu dont ils étaient convenus ; mais au moment que l'officier se mettait en garde, le docteur lui présenta un pistolet : “Quoi !" dit l'officier, “avez-vous le dessein de m'assassiner ?”—“Non,” dit le docteur, “mais il faut qu'à l'instant vous dansiez un menuet, autrement vous êtes un homme mort." Une courte altercation s'ensuivit; mais le

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docteur parut si furieux et si déterminé, que l'orficier fut obligé de se soumettre. “ Bien," dit le docteur, forçates hier de jouer malgré moi, et aujourd'hui je vous ai forcé de danser malgré vous : nous sommes à deux de jeu, et je suis prêt à vous accorder toutes les satisfactions que vous me demanderez."

L'officier embrassa le docteur, reconnut son impertinence, le supplia de lui accorder désormais son amitié, et ils vécurent toujours ensuite dans les liens de la plus parfaite union.

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BEAU TRAIT DE GÉNÉROSITÉ. THOMSON, l'auteur du poème des Saisons, ne jouit pas tout de suite d'une fortune égale à son mérite et à sa réputation. Dans le temps même que ses ouvrages avaient la plus grande vogue, il était réduit aux extrémités les plus désagréables. Il avait été forcé de faire beaucoup de dettes: un de ses créanciers, immédiatement après la publication de son poème des Saisons, le fit arrêter, dans l'espérance d'etre bientôt payé par le libraire. M. Quin, comédien, apprit le malheur de Thomson: il ne le connaissait que par son poème, et ne se bornant pas à le plaindre, comme une infinité de gens riches, et en état de le secourir, il se rendit chez le bailli où Thomson avait été conduit. Il obtint facilement la permission de le voir. Monsieur,” lui dit-il,“ je ne crois pas avoir l'honneur d'être connu de vous, mais mon nom est Quin." Le poète lui répondit, que quoiqu'il ne le connût pas per. sonnellement, son nom et son mérite ne lui étaient pas étrangers. Quin le pria de lui permettre de souper avec lui, et de ne pas trouver mauvais qu'il eût fait apprêter quelques plats. Le repas fut gai. Lorsque le dessert fut arrivó: “Parlons d'affaires à présent,” lui dit Quin: " en voici le momert. Vous êtes mon créancier, M. Thomson ; je vous dois cent livres sterling, ei je viens vous les payer!" Thomson prit un air grave, et so plaignit de ce qu'on abusait de son infortuno pour venir

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HENRI VIII. ET L'EVEQUE.

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''insulter. “ Sur mon honneur," eprit le comédien, 'ce n'est pas mon intention ; voilà un billet de banque

1 qui prouvera ma sincérité. A l'égard de la dette que j'acquitte, voici comment elle a été contractée ; j'ai lu l'autre jour votre poème des Saisons ; le plaisir qu'il m'a fait méritait ma reconnaissance : il m'est venu dans l'idée que puisque j'avais quelques biens dans le monde, je devais faire mon testament, et laisser de petits legs à ceux à qui j'avais des obligations. En conséquence, j'ai légué cent livres à l'auteur du poème des Saisons. Ce matin j'ai ouï dire que vous étiez dans cette maisun ; et j'ai imaginé que je pouvais aussi bien me donner le plaisir de vous payer mon legs pendant qu'il vous serait utile, que de laisser ce soin à mon exécuteur testamentaire, qui n aurait peut-être l'occasion de s'en acquitter que lorsque vous n'en auriez plus besoin.”

Un présent fait de cette manière, et dans une pareille circonstance, ne pouvait manquer d'être accepté, et il le fut avec beaucoup de reconnaissance.

HENRI VIII. ET L'ÉVÊQUE. HENRI VIII., roi d'Angleterre, s'étant brouillé avec le roi de France, François Ies, résolut de lui envoyer un ambassadeur, e de le charger pour ce prince de paroles fières et menaçantes : il choisit pour cela un évêque anglais, dans lequel il avait beaucoup de confiance, et qu'il croyait très propre à l'exécution de ce dessein. Le prélat ayant appris le sujet de son ambassade, et craignant pour sa vie, s'il traitait François Ier avec la fierté que son maître exigeait, lui représenta le danger auquel il l'exposait, et le pria instamment de ne pas lui donner cette commission. “Ne craignez rien,” lui dit Henri VIII., “ si le roi de France vous faisait mourir, je ferais couper la tête à tous les Français qui seraient dans mes états."

-“ Je vous crois, Sire,” répondit l'évèque ; mettez-moi de vous dire, que de toutes les têtes que vous auriez fait couper, il n'y en a pas une qui rovint si bien sur mon corps que la mienne.”

" mais per

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