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HAR PAGO N. Point du tout ; au contraire, c’est me faire plaisir, & je suis bien aise d'apprendre comme on parle de moy.

M. JACQU E S. Monsieur, puis que vous le voulez, je vous diray franchement qu'on se moque partout de vous; qu'on nous jette de tous côtez cent brocards à vôtre sujet , & que l'on n'est point plus ravi, que de vous tenie au cul & aux chausses, & de faire sans cesse des cone tes de vôtre lezine. L'un dit que vous faites imprimer des Almanacs particuliers, où vous faites double, les quatre-temps, & les vigiles, afin de profiter des jeûnes, où vous obligez votre monde. L'autre, que vous avez toûjours une querelle coute prefte, à faire à vos valets dans le temps des Efrennes , ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien. Celuy-là conte qu'une fois vous fites alligner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un refte d'un gigot de mouton. Celuy-cy, que l'on vous surprit une nuit, en venant derober vous-même l'avoine de vos chevaux ; & que vôtre Gocher, qui étoit celuy d'avant moy, vous donna dans l'obscurité je, ne sçay combien de coups de baston, dont vous ne voulů:es rien dire. Enfin voulez-vous que je vous dise, on ne sçauroit aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pieces. Vous étes da fable & la risée de tout le monde, & jamais on ne parle de vous, que fous les noms d’avare, de ladre, de vilain, & de feffemathieu.

HARPAGON, en le battant, Vous étes un foc, un maraut un coquin, & un impudent.

M. JACQUES.
Hébien, ne l'avois-je pas devine? Vous ne m'a-
vez pas voulu croire. Je vous l'avois bien dit que je
vous fâcherois de vous dire la verité.

HARPAGO N.
Apprenez à parler,

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Tome 111,

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SCE

SCENE II.
M. JACQUES, VALER E.

V A L ER E. A ce que je puis voir, Mastre Jacques , on page mal vôtre franchise,

M. JACQU E S. Morbleu , Monsieur le nouveau venti, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas vôtre affaire, Riez de vos coups de baston quand on vous en donnera, & ne venez point rire des miens.

V A L E R E. Ah, Monsieur Maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.

M. JACQU E 5. Il file doux. Je veux faire le brave , & s'il eft assez fot pour me craindre, le frotter quelque peu. Sçavez-vous bien-, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moy; & que fi vous m'échaufez la tête, je vous fefairire d'une autre forte?

M. Jacques pousse Valere jusques au bout du Thien
tre, en le menaçant.

V A LE R E.
Eh doucement.

M. JA ĆQUE S.
Comment, doucemene? Il ne me plait pas, moy.

VAL ER E.
De grace.

M. JACQUES.
Vous étes un impertinent.

V A L E R E.
Monsieur Maître Jacqucs.

M. JACQU E S. - "Il n'y a point de Monfieur Maitre Jacques pour un double. Si je prens un bafton , je vous rosferay d'importance.

V A L E RE.
Comment, un baston ?
Valere le fait rcculer autant qu'il l'a fait,

M. JA CRÚ E S.
Eh'je ne parle pas de cela.

VA

V A L E RE,
Scavez-vous bien, Monsieur le fat, que je suis
homme à vous rosser vous-même ?

M. JACQU E S.
Je n'en doute pas.

V A L E R E.
Que vous n'étes, pour tout potage , qu'un faquig
de cuisinier?

M. JACQUES
Je le Içay bien.

VALER E.
Et que vous ne me connoillez pas encore !

M. JACQUÆ S.
Pardonnez-moy:

V A L ER E.
Vous me rosserez, dites-vous ?

M. JACQU E S.
Je le disois en raillant,

V A L E R E.
Et moy, je ne prens point de goût à votre raille-
rie. Il luy donne des coups de baston, Apprenez que
yous étes un mauvais railleur.

M. JACQUES. Peste soit la fincerité, c'est un mauvais mestier. Desormais j'y renonce, & je ne veux plus dire vray. Passe encore pour mon Maître, il a quelque droit de me battre: mais pour ce Monsieur l'Intendant, je m'en yangeray li je puis.

-,

SCENE III.
FROSINE, MARIANE, M. JACQUES.

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FROSI NE.
Sçavezvous, Maître Jacques, si vôtre Maître el
au logis?

M. JACOU E 8.
Oùi vrayment il y eft, je ne le sçay que trop.

FROSIN E.
Dites-luy, je vous prie, que nous sommes ici.

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SCENE IV.
MARIA NE, FROSIN E.

pagon n'est

M ARI A N E. AH! que je suis, Frosine, dans un étrange état ,

& s'il faut dire ce que je sens, que j'apprehende cette veuë!

FROSIN E.
Mais pourquoy, & quelle est vôtre inquietude ?

MARIAN E, Helas! me le demandez-vous? & ne vous figurezvous point les alarmes d'une personne coute prête à voir le supplice où l'on veut l'attacher?

FROSIN E.
Je voy bien que pour mourir agreablement, Har-

pas le supplice que vous voudriez embraller; & je connois à votre mine, que le jeune Blondin dont vous m'avez parlé, vous revient un peu dans l'esprit.

MARIAN E. Oui, c'est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me defendre ; & les visites respectueuses qu'il a renduës chez nous, ont fait, je vous l'avouë , quelque effer dans mon amne.

FROSIN E. Mais avez-vous sçu quel il est ?

MARIAN E. Non, je ne sçay point quel il est ; mais je sçay qu'il est fait d'un air à se faire aimer; Que si l'on pouvoit mettre les choses à mon choix, je le prendrois plücôt qu'un autre; & qu'il ne contribuë pas peu à me faire trouver un tourment effroyable, dans l'époux qu'on veut me donner.

FROSIN E. Mon Dieu, tous ces Blondins sont agreables, & debitent fort bien leur fait ; mais la plậpart sont gueux comme des rats; & il vaut mieux pour vous, de prendre un vieux mari, qui vous donne beaucoup de bien. Je vous avouë que les sens ne trouvent pas fi bien leur conte du côté que je dis, & qu'il y a quelques petits dégoûts à efluyer avec un tel époux ;

mais

mais cela n'est pas pour durer ; & la mort, croyez. moy, vous mettra bientôt en état d'en prendre un plus aimable, qui reparera toutes choses.

MARIAN E. Mon Dieu , Frosine, c'est une étrange affaire , lors que pour être heureuse , il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu'un , & la mort ne suit pas tous les projets que nous faisons.

FROSIN E.
Vous moquez-vous ? vous ne l'épousez qu'aux
conditions de vous laisser veuve bientôt, & ce doit
être là un des articles du contrat. Il seroit bien im
pertinent de ne pas mourir dans trois mois! Le voici
en propre personne.

M A R I A N E.
Ah Frosine, quelle figure!

'S CEN E V. HARPAGON, FROSINE, MARIANE,

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HARPA GON.
NE vous offensez pas, ma Belle,

li je viens à vous avec des lunettes. Je sçay que vos appas frapent assez les yeux, sont assez visibles d'eux-mêmes, & qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les apperce. voir : mais enfin c'est avec des lunettes qu'on observe les Aftres, & je maintiens & garantis que vous êtes un Astre, mais un Astre, le plus bel Astre qui fois dans le Païs des Aftres. Frosine, elle ne répond mot & ne témoigne , ce me semble, aucune joie de me voir.

FROSIN E. C'est qu'elle est encore toute surprise'; & puis les filles ont coûjours honte à témoigner d'abord ce qu'elles ont dans l'ame.

HARPAGO N. Tu as raison. Voilà, belle mignonne, ma fille, qui vient vous falüer.

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