Page images
PDF
EPUB

peut-être que l'on me dût revéler ce secret: mais
je veux en avoir la confession de sa propre bou-
che, ou je vais te passer cette épée au travers du
corps:

SCA P'IN.
Ah! Monsieur , auriez-vous bien ce caur-là ?

LE A N DR E.
Parlc donc.

SCAPIN.
Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?

LEANDRE.
Oui', coquin ; & ta conscience ne te dit que
trop ce que c'est.

SCAPIN.
Je vous assure que je l'ignore.
L E AN D'RE s'avançant pomer

le frapper.
Tu l'ignores?

O c T AV E le retenant.
Leandre.

SCAPIN.
Hébien, Monsieur , puis que vous le voulez
je vous confeffe que j'ay beu avec mes amis

ce pe-
iic quarteau de vin d'Espagne dont on vous fic pre-
sent il y a quelques jours; & que c'est moi qui fis une
fente au tonneau ,

& répandis de l'eau autour,
pour faire croire que le vin s'étoit échappé.

LE AND RE.
C'est toi, pendard, qui m'as beu mon vin d'El-
pagne ; & qui as été cause que j'ay tant querellé la
fervante , , croyant que c'étoit elle qui m'avoit fait
le tour?

SCAPIN.
Oui, Monsieur, je vous en demande pardon.

L E AN D R E.
Je suis bien aise d'apprendre cela ; mais ce n'est
pas l'affaire dont il est question maintenant.

SCAPIN.
Ce n'est pas cela, Monsieur?

LEAN DR E.
Non, c'est une autre affaire qui me couche bien
plus, & je veux que tu me la dises.

[blocks in formation]

SCAPIN.
Monfieur, je ne me souviens pas d'avoir fait dit
de chose.

LE ANDRE le vaulant frapper,
Tu ne veux pas parler ?

S CAP IN
Eh.

OCTA V E leretenanti
Tout doux.

SCAPIN.
Oüi, Monsieur , ileft yrai qu'il y a trois fema:-
nes que vous m'envoyâtesporter le soir , une petite
montre à la jeune Egyptienne que yous aimez. Je
revins au logis mes habits tout couvercs de bcué,
& le visage plein de fang, & vous dis que j'avois
trouvé des voleurs qui m'avoient bien bartu,& m'a.
voient dérobé la montre. C'étoit moi , Monsieur,
qui l'avois retenuë.

L E A N D R E.
C'est toi qui asretenu ma monire?

.SCAPIN.
Oüi, Monfieur, afin de voir quelle heure il ef.

12 L E A N DRE.
Ah, ah, j'apprens ici de jolies choses, & j'ai
un serviteur fort fideile, viayment. Mais ce n'est
pas encore cela que je demande.

SCAPIN.
Ce n'efti cela ?

L E ANDRE
Non, infame , c'est autre chose encore que je
Haux quetu me confefles.

S. CA PI N..
Peste!

L E A NDR E.
Parle vîte , j'ai hâte.

SCA PI N.
Monsieur, voilà tout ce que j'ai fait..

LEANDR E voulavt frapper Scapire
Voilà tout?

OCTA V E se mettant au devant.
ih; : :

SC AB IN.
Hé bien oui , Monsieur vous vous souvenez

de

pas

[ocr errors]

tou.

36

de ce loup-garou il y a six mois qui vous donná
tant de coups de bâton la nuit, &vous pensa faire
rompre le coû dans une cave où vous tombâtes en
fuyant.

LEANDR E.
Hé bien?

SCAPI N.
C'étoit moy, Monsicur , qui faifois le loup.ga-

LE ANDRE.
C'étoit toi, traître, qui faisois le loup-garou ?

SCA PI N.
Oüi, Monfjeur, seulement pour vous faire peur,
& vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les
quics comme vous aviez de coûcume.

LE ANDRE.
Je sçauray me souvenir en temps & lieu de touc
ce que je viens d'apprendre. Mais je veux venir
au fait, & que tu me confefles ce que tu as dit à
mon pere.

Ş CA PI N.
A vôtre pere?

LEANDR E.
Qüi , fripon, à mon pere..

SCAPIN.
Je ne l'ai pas seulement veu depuis retour

L E ANDRE
Tu ne l'as pas veu?

SCAPIN
Lion, Monsieur.

LEANDR E.
A flûrement?

SCAPIN.
Asûrement. C'est une chose que je vais vous
fuire dire par luy.même.

LE AN DR E.
C'est de sa bouche que je le tiens i

s pourtant
SCAPIN.
Avec votre permillion, il n'a pas ditļa yerido

[ocr errors]
[ocr errors][merged small]

SCENE IV.
CARLE, SCAPIN, LEAN.

DRE, OCTAVE.

M

que

CÀ RL E.
Onsieur , je vous apporte une nouvelle qui el
fâcheule pour votre amour.

LEANDR E.
* Comment ?

CARLE.
Vos Egypticns font sur le point de vous enlever
Zerbinette; & elle-même, les larmes aux yeux,
m'a chargé de venir promptement vous dire ,
fi dans deux heures vous ne longezà leur porter l'ar.
gent qu'ils vous ont demandé pour elle, vous l'al-
lez perdre pour jamais.

É E A N D RE: -
Dans deux heures ?

CARLE.
Dans deux heures.

L E A N D Ř E.
Ah,

mon pauvre Scapin, j'implore ton fecours.
SCAPIN passant devant lwy avec un air fier,

Ah, mon pauvre Scapin. Je suis mon pauvre
Scapin à cette heure qu'on a besoin de moi.

LE ANDRE.
Va, je te pardome tout ce que tu viens de medi-
re, & pis encore, si tu me l'as fain.

SCA IN.
Non, non, ne me pardonnez rien. Paflez moi
vôtre épée au travers du corps. Je serai ravi que
vous me tuïcz.

LE ANDRE.
Noń. Je te conjure plûtôt de me donner la vie,
en servant mon amour.

SCA P. IN:
Pointy point, vous ferez mieux de me tuër.

L E A N DR F..
Tu m'es trop precieux; & je te prie de vouloir
employer pour moi ce genie admirable , qui vient
à bout de toute chose.

SCA,

[ocr errors]

SCAPI N.
Non, tuez-moi, vous dis-je.

LE AND R E.
Ah, de grace , ne fonge pius à tout cela , 8c
pense à me donner le secours que je te demande.

OCT A V E.
Scapin, il faut faire quelque chole pour lui.

SCĀ P I N.
Le moyen, aprés une avanie de la sorte?

LEANDR E.
Je te conjure d'oublier mon emportement, &
de me prêter ton addresse.

O CT A V E.
Je joins mes prieres aux siennes.

SCAPI N.
J'ai cette insulte-là sur le cæur.

OCT A V E.
Il faut quitter ton ressentiment.

L E ANDRE.
Voudrois-tu m'abandonner', Scapin, dans la
cruelle extrémité où se voit mon amour?

SCAPI N.
Me venir faire à l'improviste un affront comme
celui-la!

LE ANDRE.
J'ai tort, je le confefle.

SCAPIN.
Me traiter de coquin, de fripon, de pendard,
d'infame!

LE AN DR E.
J'en ai tous les regrets du monde.

S Č A PIN.
Me vouloir passer son épée au travers du corps !

L E A NDR E.
Je t’en demande pardon de tout mon cæur; &
s'il ne tient qu'à me jetter à tes genoux, rù moy
vois, Scapin, pour te conjurer encore une fois de
ne mc point abandonner.

OCT A VE.
Ah, ma foy, Scapin, il fe faut rendre à cela.

SCAPI N.
Levez-vous. Une autre fois ne soyez point a
prompt.

LEAN,

sil7

« PreviousContinue »