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CLEAN T E..
Que veut-il que je fasse de cela?

LA FLECHE.
Attendez.

Plus, une tenture de tapisirie, des amours de
Gombant , & de Macé.

Plus, une grande table de bois de noyer , dorze columnes, ou piliers tournez, qui se tire par les deux bouts, &• garnie par le dessous de fes fixe escabelles.

CLEAN TE.
Qu’ay-je affaire, morbleu...

LA FLECHE,
Donnez-vous patience.

Plus,trois gros mon squets tout garnis de nacrede
perles, avec les trois fourchettes assortissantes.

Flus, unfournean de brique, avec deux cor. nuës, & trois recipiens, fórt utiles à ceux qui font curieux de distiller.

CLE A N T E.
J'enrage.

LA FLECH E.
Doucement.

Plus, un lut de Bonlogne garnide toutes ses cora
des, ou peu s'en fant.
Plus, un trou- Madame, dan damier, avec
un jeu de l’oye renouvellé des Grecs, fort propre
à passer le temps lors que l'on n'a que

faire.
Plus,une peau d'un lezaril, de trois pieds & de-
mi, remplie de foin; curiosité agreable, pour pen-
dre au plancher d'une chambre.

Letout,cy deffus mentionné, valant loyalement plus de quatre millecinq cens livres,& rabaissé à la valcur de mille écus, par la discretion du Prêm

CLEANTE. Que la peste l'étouffe avec la discretion, le traitre,

le bourreau qu'il est. A-t-on jamais parlé d'une usure semblable? & n'est-il pas content du furieux interêt qu'il exige, sans vouloir encore m'obliger à prendre, pour trois mille livres , les vieux rogacons qu'il ramasse? Je n'auray pas deux cens écus de tout cela ; & cependant il faut bien me refoudre à consentir à ce qu'il veut; car il est en état de me faire tout

teur.

la gorge.

accepter, & il me tient, le scelerat, le poignard sur

LA FL E C H E. Je vous voy, Monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin justement que tenoit Panurge pour S ruïner, prenant argent d'avance, achetant cher, vendant à bon marché, & mangeant son bled en her. be.

CLEAN T E. Que veux-tu que j'y false? Voilà où les jeunes gens font reduits par la maudite avarice des Peres; & on s'étonne aprés cela que les Fils souhaitent qu'ils meurent.

LA F L E C H E. Il faut avouer que le vôtre animeroit contre sa vilainie, le plus posé homme du monde. je n'ay pas, Dieu merci, les inclinations fort patibulaires ; & parmi mes confreres, que je voy se méier de beaucoup de perits commerces, je sçay tirer adroitement mon épingle du jeu, & me démêler prudemment de toutes les galanteries qui sentent tant soit peu l'échelle : mais, à vous dire vray, il me donneroit, par les procedez, des tentations de le voler; & je croirois, en le volant, faire une action meritoire.

C L Ε Α Ν Τ Ε. Donne-moy un peu ce memoire, que je le voie encore,

SCENE II.
M. SIMON , HARPAGON, CLEANTE,

"LA FLECHF.

M. SIMON. VI, Monsieur,c'est un jeune homme qui a Lesoin. Od'argent

. Ses affaires le pressent d'en trouver, & i) en paflera par tout

ce que vous en prescrirez.

HARPA GO N. Mais croyez-vous, Maitre Simon, qu'il n'y ait rien à pericliter: & fçavez-vous le nom, les biens, & la famille de celuy pour qui vous parlez ?

M. SIM O N. Non, je ne puis pas bien vous en instruire à fond, & ce n'est que par avanture que l'on m'a adressé à luy ; mais vous serez de toutes choses éclairci par

luy

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luy-même; & son homme m'a assuré, que vous se-
rez content, quand vous le connoîtrez. Tout ce que
je sçaurois vous dire, c'est que sa famille est fort ri-
che, qu'il n'a plus de Mere déja; & qu'il s'oblige-
ra, si vous voulez, que son Pere mourra avant qu'il
foit huit mois.

HARPAGO N.
C'est quelque chose que cela. La charité, Maitre
Simon, nous oblige à faire plaisir aux perfonnes, lors
que nous le pouvons.

M. SIM O N.
Cela s'entend.

LA FL E C H E.
Que veut dire ceci? Nôtre Maître Simon qui par-
le à vôtre Pere.

CLEAN TE. Luy auroit-on appris qui je suis ; & ferois-tu pour nous trahir?

M. SI M O N.
Ah, ah, vous étes bien pressez! Qui vous a dit
que c'étoit ceans? Ce n'est pas moy, Monsieur, au
moins, qui leur ay découvert vôtre nom, & vôtre
logis : Mais, à mon avis, il n'y a pas grand mal à ce-
la. Ce sont des personnes discrettes; & vous pouvez
ici vous expliquer ensemble.

HAR PA GO N.
Comment:

M. SIMON.
Monsieur est la períunne qui veut vous emprunter
les quinze mille livres dont je vous ay parlé.

HAR PA O N. Comment, pendard, c'est toy qui t'abandonnes à ces coupables extrémitez?

CL É A N T E. Comment, mon Pere, c'est vous qui vous portez à ces honteuses actions?

HAR PA GO N.
C'est toy qui se veux ruïner par des emprunts fi
condamnables ?.

'CLE ÁN TE.
C'est vous qui cherchez à vous enrichir par

des usures li criminelles ?

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HARPAGO N.
Oses-cu bien, aprés cela, paroître devant moy?

CLEANTE. Osez-vous bien , aprés cela, vous presenter aux yeux du monde ?

HARPAGO N. N'as-tu point de honte, dy moy, d'en venir à ces debauches-là? de te precipicer dans des dépenses effroyables:& de faire une honteuse dissipation du bien que tes parens t'ont amassé avec tant de sueurs:

CLEAN TE. Ne rougissez-vous point , de deshonorer votre condition, par les commerces que vous faites de facrifier gloire & reputation, au désir insatiable d'entaffer écu sur écu 2 & de rencherir, en fait d'insérêts, sur les plus infames subtilitez qu'ayent jamais inventées les plus celebres uluriers

HAR PAGO N. Ote toy de mes yeux, coquin, ôte-toy de mes yeux.

CLEAN T E. Qui est plus criminel, à votre avis, ou celuy qui achete un argent dont il a besoin, ou bien celuy qui vole un argent dont il n'a que faire ?

H A RP AG ON. Retire-toy, te dis-je,& ne m'échauffe pas les oreilles. Je ne suis pas fâche de cette avanture; & ce m'est un avis de tenir l'oeil, plus que jamais, sur toutes ses actions.

S CE N E III.
FROSINE, H A R P A G O.N.

F R OS IN E. Monsieur...

H A R PAGO N. Attendez un moment. Je vais revenir vous parler. A part. Il est à propos que je fasse un petit tour à

mon argent.

SCE

SCENE IV.
LA FLECHE, FROSINE

LA FLECHE.
L'Avanture est tout à fait drôle. Il faut bien qu'il ait

'quelque part un ample magasin de hardes;car nous n'avons rien reconnu au memoire que nous avons.

FROSIN E. Hé c'est toy, mon pauvre la Fléche, d'où vient cette rencontre ?

L A F L E C H E.
Ah, ah, c'est toy, Frosine, que viens-tu faire ici?

FROSIN E. Ce que je fais par tout ailleurs; m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, & profiter do mieux qu'il m'est possible des petits talens que je pais avoir. Tu sçais que dans ce monde il faut vivre d'adresse ; & qu'aux personnes comme moy le Ciel n'a donné d'autres rentes, que l'intrigue, & que l'industrie.

LA FLECHE,
As-tu quelque négoce avec le patron du logis?

FROSIN E. Qüi, je trailte pour luy quelque petite affaire, dont j'espere une recompense.

LA FLECHE. De luy! Ah, ma foy, tu seras bien fine , fi tuen tires quelque chose ; & je te donnc avis que l'argent ceans eft fort cher.

FROSIN E. Il y a de certains services qui touchent merveilleusement,

LA FLECHE. Je suis vôtre valet; & tu ne connois pas encore le Seigneur Harpagon. Le Seigneur Harpagon est de tous les humains, l'humain le moins humain; le mortel de tous les mortels le plus dur, & le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnoissance jusqu'à luy faire ouvrir les mains. De la louange, de l'estime, de la bienveillance en paro. les & de l'amitié tant qu'il vous plaira ;, mais de l'argent, point d'affaires. Il n'est rien de plus lec &

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