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SCENE 11.

DAMIS, ORGON, CLEANTE.

ce,

D A MI S. Quoi! Voi! mon Pere, est-il vrai qu'un coquin vous

menace, Qu'il n'est point de bienfait qu'en fon ame il n'effaEt que son lâche orgueil, trop digne de courroux, Se fair, de vos bontez, des armes conrre vous?

ORGON. Oùi, mon fils, & j'en tens des douleurs nompareilles.

DA MI S. Laissez-moi, je lui veux couper les deux oreilles, Contre fon insolence on ne doit point gauchir. C'est à inoi, tout d'un coup, de vous en affranchir, Et pour fortir d'affaire, il faut que je l'affomme.

CL E A N T E. Voilà, tout justement, parler en vrai jeune homme. Moderez, s'il vous plait, ces transports éclarans; Nous vivons fous un Regne , & sommes dans un

temps, Où, par la violence, on fait mal fes affaires,

SCENE III. MADAME PERNELLE, MARIANE, ELMIRE, DORINE, DAMIS,

ORGON, CLEANTE.

M. PER N E L L E. Qu'en ce? es ce? j'apprens ici de terribles myfteres,

ORGON. Ce sont des nouveautez dont mes yeux font teinoins, Et vous voyez le prix dont sont payez mes soins. Je recueille, avec zele, un homme en fa misere, je le loge, & le tiens comme mon propre frere; De bienfairs, chaque jour, il est par moy chargé, Je luy donne ma fille, & tout le bien que j'ai; Li dans le même temps, le perfide, l'infame,

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Tente le noir dessein de suborner ma femme;
Ec non content encor de ces lâches eflais,
Il m'ose menacer de mes propres bienfaits,
Et veut, à ma ruine, user des avantages
Dont le viennenc d'armer mes bontez trop peu sages;
Me challer de mes biens où je l'ai transfere,
Ec me réduire au point d'où je l'ai retiré.

DORIN E
Le pauvre homme!

M. P ERN E L L E.

Mon fils, je ne puis du tout croire
Qu'il ait voulu commettre une action fi noire.

OR GO N.
Comment ?

M. PERNELLE.
Les gens de bien font enviez toûjoursa

ORGO N.
Que voulez-vous donc dire avec votre discours,
Ma Mere?

M. P ERN E L L E.

Que chez vous on vit d’étrange forte,
Et qu'on ne sçait que trop la haine qu'on luy porte,

ORG O N.
Qu'a cette haine à faire avec ce qu'on vous dir?

M. PER NELL E.
Je vous l'ay dit cent fois, quand vous étiez petit.
La vertu, dans le monde, est toûjours poursuiviez
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.

ORGON.
Mais que fait ce discours aux choses d'aujourd'hui ?

M. PER N ELL E.
On vous aura forgé cent fots contes de lui.

ORGON
Je vous ait dit déja, que j'ai veu tout moi-même.

M. PER N E L L E.
Des esprits médisans., la malice est extrême.

ORGON.
Vous me feriez damner, ma Mere. Je vous dy,
Que j'ai veu de mes yeux un crime si hardy.

M. PERNELL E.
Les langues ont toujours du venin à répandre ;
Et sien n'eft, ici-bas, qui s'en puisse defendre.
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OR

ORGON. C'est tenir un propos de sens bien dépourveu ! Je l'ai veu, dis-je, veu, de mes propres yeux veu , Ce qu'on appelle veu: Faut-il vous le rebattre Aux oreilles cent fois, & crier comme quatre ?

M.

P ERN ELL E. Mon Dieu, le plus souvent, l'apparence deçoit, Il ne faut pas toûjours juger sur ce qu'on voit.

ORGON. J'entage.

M. P ERN ELL E.

Aux faux loupçons la nature est sujette;
Et c'est souvent à mal, que le bien s'interpréte.

ORGON.
Je dois interpréter à charitable soin,
Le defir d'embrasser ma femme:
M. P ERN ELL E.

Ileft besoin,
Pour accuser les gens, d'avoir de justes causes;
Et vous deviez attendre à vous voir lûr des choses,

ORGON.
Hé diantre, le moyen de m'en affûrer mieux ?
Je devois donc, ma Mere, attendre qu'à mes yeux
il eût... Vous me feriez dire quelque sottise.

M. PER N E L L E.
Enfin d'un trop pur zele on voit son ame eprise,
Et je ne puis du tout me mettre dans l'esprit,
Qu'il ait voulu tenter les choses que l'on dit.

ORGON.
Allez. Je ne sçay pas, si vous n'étiez ma Mere,
Ce que je vous dirois, tant je suis en colere.

DORIN E.
Juste retour, Monsieur, des choses d'ici-bas,
Vous ne vouliez point croire, & l'on ne vous croit
pas.

CL E A N T E.
Nous perdons des momens, en bagatelles pures,
Qu'il faudroit employer à prendre des mesures.
Aux menaces du fourbe, on doit ne dormir point.

DA MI S.
Quoy! son effronterie iroit jusqu'à ce point ?

EL MIRE.
Pour moi, je ne crois pas cette instance possible,

Et

Et son ingratitude est ici trop visible.

CLEAN TE.
Ne vous y fiez pas, il aura des ressorts,
Pour donner, contre vous, raison à ses efforts ;
Et sur moins que cela, le poids d'une cabale
Embarasse les gens dans un fâcheux Dedale.
Je vous le dis encor, armé de ce qu'il a,
Vous ne deviez jamais le pousser jusques-là.

ORGON.
Il est vrai, mais qu'y faire ? A l'orgueil de ce traitre.
De mes ressentimens je n'ai pas été

maître.
CLEAN TE.
Je voudrois de bon coeur qu'on pût entre vous

deux,
De quelque ombre de paix, racommoder les nouds.

EL MIRE.
Si j'avois sceu qu'en main il a de telles armes;.
Je n'aurois pas donne matiereà tant d'alarmes,
Et ines...

ORG O N.
Que veut cet homme ? Allez-tôt le sçavoir;
Je suis bien en état que l'on me vienne voir.

S CE N E IV.
MONSIEUR LOYAL, M. PERNELLE, ORGONS

DAMIS, MARIANE, DORINE,

ELMIRE, CLEANTE.

M. LO YA L.
Bonjour, ma chere Sæur. Faites , je vous supplie,
Que je parle à Monsieur,

DORIN E.

Il est en compagnie,
Et je doute qu'il puiffe , à present, voir quelqu'un..

M. LOY A L.
Je ne suis pas pour être , en ces lieux, importun.
Mon abord n'aura rien, je croi, qui lui déplaise,
Et je viens pour un fait dont il sera bien-aise,

DORIN E.
Vôtre nom?

M. LO Y A L.
Dites lui seulement que je vien
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De

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De la part de Monsieur Tartuffe, pour son bien.

DORIN E.
C'est un homme qui vient, avec douce maniere,
De la part de Monsieur Tartuffe, pour affaire,
Dont vous serez, dit-il, bien aise.
CL E ANTE.

Il vous faut voir Ce que c'est que cet homme, & ce qu'il peut vouloir.

ORGON.
Pour nous racommoder , il vient ici, peut-être.
Quels sentimens aurai-je à lui faire paroitre ?

CLEAN TE.
Vôtre ressentiment ne doit point éclarer;
Et s'il parle d'accord, il le faut écouter.

M. LO YA L.
Salut, Monsieur. Le Ciel perde qui vous veut nuire,
Et vous sołt favorable autant que je desire.

ORGON.
Ce doux début s'accorde avec mon jugement,
Et présage déja quelque accommodement.

M. LO Y A L.
Toute votre maison ni'a coûjours été chere,
Et j'étois ferviteur de Monsieur votre ierē.

ORG O N.
Monsieur, j'ay grande honte, & demande pardon,
D'être sans vous connoitre', ou sçavoir votre nom.

M. LO YA L. Je m'appelle Loyal, natif de Normandie, Et suis Huissier à Verge, en dépic de l'envie. J'ai depuis quarante ans, grace au Ciel, le bonheur, D'en exercer la charge avec beaucoup d'honneur;. Et je vous vien, Monsieur, avec votre licence, Signifier l'exploit de certaine Ordonnance,

ORGON. Quoi! vous étes ici...

M. LOYAL.

Monsieur, sans passion, Cen'est rien seulement qu'une sommation, Un ordre de vuider d'ici, vous , & les vôtres, Mettre vos meubles hors, & faire place à d'autres, Sans délai, ni remise, ainsi que besoin est...

ORGON. Moi, sortir de ceans?

M.

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