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CLAUDINE.
Que veux-tu?

LUB I N.
Vien, te dis-je.

CLAUDIN E.
Ah! doucement. Je n'aime pas les Patineurs,

LUB IN
Ehun petit brin d'amitié.

CLAUDIN E.
Laisse-moilà, ce dis-je , je n'entens pas raillerie,

LUB IN.
Claudine?

CLAUDINE
Ahy!

LU B IN.
Ah! que tu és rude à pauvres gens. Fy, que cela :
est mal-honnête de refuser les personnes. N'as-tu.
point de honte d'être belle, & de ne vouloir. pas
qu'on ce caresse? Eh là.

CLAUDINE.
Je te donnerai sur le nez.

LUB I N.
Oh la farouche, la fauvage. Fy, poüa, la vilaine
qui cft cruelle,

CLAUDIN E.
Tu t'émancipes trop.

LUB I N.
Qu'est-ce que cela te coûteroit de me laisser un peu
faire.

CLAU DIN E.
Il faut que tu ce donnes patience.

LUB I N.
Un petit baiser seulement en rabattant sur notre
mariage.

CLAUDIN É.
Je suis vôtre Servante.

LUB IN.
Claudine, je t'en prie, sur l'et-tant-moins.

CLAUDINE,
Eh que nenny. J'y ay déja été attrapée. 'Adieu.
Va.t-en, & dis à Monsieur le Vicomte que j'aurai
foin de rendre son billet.

LU BIN,
Adieu beauté rude ànicre.

CLAUDIN E.
Lemot est amoureux.

LUB IN Adieu rocher, caillou , pierre detailie, & tout ce qu'il y ad ade plus dur a! monde.

CLAUDINE. Je vais reinettre aux moins de ina Maitrele... Mais la voici avec son Mari, éloignons-nous, & åtrendons qu'elle soit seule.

S CE NE II.

GEORGF. DANDIN, ANGELIQUE

CLITANDRE.

GEORGE DANDIN. Nonnon, on ne in’abuse pas avec tant de facilité,

& je ne suis que trop certain que le rapport que l'on m'a fait est véritable. J'ay de meilleurs yeux qu'on ne pense, & votre galimarias ne m'a point Lantôt ebloüi.

CLITANDRE au fond du Théaire.
Ah la voila. Mais le mari est avec elle.

GEORGE DANDIN, Au travers de toutes vos grimaces,j'ay vû la vérité de ce que l'on m'a dit, & le peu de respect que vous avez pour le næud qui nous joint. Clitandre dan. gelique se faluënt. Mon Dieu lailltz. là vôtre reverence ; ce n'est pas de ces fortes de respects dont je vous parle, & vous n'avez que faire de vous moquer.

ANGELIQUE. Moi me moquer! en aucune façon.

GEORGE DANDIN. Jc sçai vôtre pensée & connois... Clitandre dy Ayo gelique se réfuliient. Encore? ah ne raillons şas davontage! je n'ignore pas qu'à cause de votre noblesie vous metenez fort au deflous de vous, & le reject que je vous veux dire ne regarde peint ma perfor:ne. .J'entens parler de celui que vous devez à des na lids au:fi vénérables que le sont ceux du mariage. Angelique fall signe à Clisandre.' Il ne faut point lever

les

lis épaules , & je ne dis point de totrises.

ANGELIQUE. Qui songe à lever les epaules ?

GEORGE DANDIN. Mon Dieu nous voyons clair. Je vous dis encore une fois que le mariage est une chaîne à laquelle on doic porter toute forte de respect,& que c'eit fort mal sait à vous d'en uler comme vous faites. Angclique fai: signc de la tête. Oui oui, mal faic à vous, & vous n'avez que faire de hocher latere,& de me faire la grimace.

ANGELIQUE.
Moy! je ne sçav ce que vous voulez dire.

GEORGE DANIIN. Je le sçai fort bien moi, & vos mépris mé font connus. Si je ne suis pas né Noble, au moins fuis-je d'une race où il n'y a point de reproche , & la famille des Dandins.

CLIT ANDRE
Derriére Angelique sans être apperçeit di Dandin,
Un moment d'entretien.

GEORGE DANDIN.
Eh:

ANGELIQUE.
Quoi: je ne dis mot.
GEORGE DANDIN, tourne autour de pat

femme, & Clit andre se retire en fifani une

grande revérence à George Dandin. Le voilà qui vient roder autour de vous.

ANGELIQUE. Hé bien, est-ce ma faute? Que voulez-vous que j'y fafie:

GEORGE DANDIN. Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne veut plaire qu'à son mari.Quoi qu'on en puisie dire, les Gàlans n'obsédent jamais que quand on le veut bien;il.y a un certain air doucereux qui les attire ainsi que le miel fait les mouches, & les honnêtes femmes ont des maniéres qui les sçavent chasser d'abord.

ANGELIQUE. Moy les chaffer? & par quelle raison? je ne me scandalise point qu'on me trouve bien faite, & cela me fait du plaisir.

GEOR

GEORGE DANDIN. Qüi. Mais quel personnage voulez-vous que joue un mari pendant cette galanterie?

ANGELIQUE, Le personnage d'un honnête homme qui est bienaise de voir la femme considérée,

GEORGE DANDIN.
Je suis vôtre valet. Ce n'est pas là mon conte,

& les Dandins ne sont point accoûtumez à cette mode-là.

ANGELIQUE. Oh les Dandins s'y accoûtumeront s'ils veulent. Car pour moi je vous déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde, & de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment , parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, & que nous rompions tout commerce avec les vivans? C'est une chose merveilleuse que cette tyrannie de Messieurs les maris, & je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertiflemens , & qu'on ne vive que pour eux. Je me moque de cela, & ne veux point mourir si jeune.

GEORGE DANDIN. C'est ainsi que vous satisfaites aux engagemens de la foi que vous m'avez donnée publiquement.

ANGELIQUE Moi! je ne vous l'ay point donnée de bon cour,& vous me l'avez arrachee. M'avez-vous avant le mariage demandé mon consentement, & si je voulois bien de vous? Vous n'avez consulté pour cela que mon pere & ma mere; ce sont eux proprement qui vous ont épouse , & c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toûjours à eux des torts que l'on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ay point dit de vous marier avec moi, & que vous avez prise sans consulter nies sentimens, je prétens n'être point obligée à me foûmettre en esclave à vos volontez,& je veux jouir , s'il vous plaît , de quelque nombre de beaux jours que m'offre la jeunesse ; prendre les douces libertez, que l'âge me permet, voir un peu le beau monde & goûter

le plailir de m'oüir dire des douceurs. Préparez-vous y pour votre punition, &

en

- rendez graces au Ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis.

GEORGE DANDIN. Oüi! c'est ainsi que vous le prenez. Je suis vôtre mari, & je vous dis que je n'entens pas cela.

ANGELIQUE. Moi je suis vôtre femme, & je vous dis que je l'entens.

GEORGE DANDIN.
Il me prend des tentations d'accommoder tout
son vilage à la compôie, & le mettre en état de ne
plaire de sa vie aux diseurs de Aeurettes. Ah, allons,
George Dandin, je ne pourrois me retenir, & il vaut
mieux quitter la place.

SCENE III.
CLAUDINE, ANGELIQUE.

CLAUDIN E.
'Avois, Madame, impatience qu'il s'en allât pour
vous rendre ce mot de la part que vous savez.

ANGELIQUE.
Voyons. Elle lit bas.

CLAUDINE À part,
A ce que je puis remarquer , ce qu'on lui écrit ne
lui déplaît pas trop:

ANGELIQUE. Ah Claudire que ces billet s'explique d'une façon galante! que dans tous leurs discours, & dans tou. tes leurs actions les gens de Cour ont un air agréable! & qu'est-ce que c'est auprés d'eux que nos gens de Province

CLA UD I N E.
Je croi qu'aprés les avoir vûs, les Dandins ne
vous plaisent gueres,

ANGELIQUE.
Demeure ici, je m'en vais faire la réponse.

CLAU DIN E.
Je n'ay pas besoin, que je pense, de lui recom-
mander de la faire agréable. Mais voici...

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SCE

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