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au travail, et loin d'avoir de la grace, ne montre dans ce qu'il fait que douleur et chagrin. Conduit, au contraire, par une main légère, sans que les rênes soient tendues, relevant son encolure, et ramenant sa tête avec grace, il prendra l'allare fière et noble dans laquelle d'ailleurs il se plaît naturellement; car, quand il revient près des autres chevaux, surtout si ce sont des femelles, c'est alors qu'il relève le plus son encolure, ramène sa tête d'un air fier et vif, lève moelleusement les jambes, et porte la queue haute. Toutes les fois donc qu'on saura l'amener à faire ce qu'il fait de lui-même lorsqu'il veut paraître beau, on trouvera un cheval qui, travaillant avec plaisir, aura l'air vif, noble et brillant. Comment on pourra parvenir à ce but, c'est ce que nous allons tâcher d'expliquer.

Il faut premièrement avoir au moins deux mors, l'un desquels soit doux, ayant ses rouelles · d'une bonne grandeur; l'autre avec des

Ce passage et quelques autres des Hippiatriques , avec les gloses de Pollux, font voir clairement ce que c'était que ces rouelles , dans lesquelles passaient les canons ou axes de l'embouchure, qui était toujours brisée. Il y en avait une (rouelle) de chaque côté de la bouche, entre des barres et la langue. Pour moins gêner le cheval, elles doivent être minces : leur fonction était d'empêcher qu'il ne pût fermer entièrement la bouche ni saisir le mors; et c'est une chose à remarquer que dans toutes les figures équestres qui nous restent de l'antiquité, le cheval a la bouche ouverte. Il pouvait bien fermer les lèvres et joindre même les pinces, mais non serrer les machoires,

afin que

rouelles petites et plates, des hérissons 'aigus,

le cheval qu'on aura bridé avec celui-ci, le haissant à cause de son âpreté, le quitte volontiers pour prendre le premier , dont par ce changement la douceur lui fera plus de plaisir, et qu'il exécule avec ce mors doux tout ce qu'on lui aura appris avec l'autre: que si, méprisant la douceur de la première embouchure, il cherche à s'en faire un appui, et pèse fréquemment à la main, c'est pour cela que nous avons mis au mors doux de grandes rouelles , afin que,

forcé par

elles à ouvrir la bouche, il se dessaisisse du canon: l'on peut d'ailleurs faire d'un mors dur ce qu'on voudra, et par la légèreté de la main, le modifier à tous les degrés. Au reste quelque nombre et diversité de mors que l'on ait, ils doivent être tous coulans: car celui qui est rude, par quelque endroit que le cheval le saisisse, il le tient comme une broche de fer, (par quelque point qu'on la prenne, on la fixe tout entière); mais l'autre fait l'effet d'une chaîne, dont la partie seule que l'on tient est fixe, le reste fléchit et demeure pendant. Ainsi le cheval cherchant toujours à saisir ce qui lui échappe, låche la partie qu'il tient, et ne se rend jamais maître du mors. A cela servent aussi les anne

· C'étaient des patenôtres rayées dans le sens de l'axe , qui portaient sur les barres. Dans le mors uni ces patenôtres n'étaient point rayées, ou l'étaient légèrement. Cela se voit mieux par la phrase grecque.

lets ' pendant du milieu des canons, afin

que

le cheval les poursuivant (ces annelets) avec la langue et les dents, oublie de saisir le mors. Si l'on demande maintenant ce qui fait qu'un mors est coulant ou rude, nous expliquerons encore cela. Il est coulant lorsque les brisures et les pièces du canon, qui s'emboîtent l'une dans l'autre, jouent librement, et que toutes celles que traversent les canons ne sont ni serrées, ni gênées dans leur mouvement: quand, au contraire, toutes ces pièces roulent et jouent difficilement, alors le mors est rude; mais quel qu'il soit, la

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1 Ces annelets, ces rouelles, et autres pièces mobiles, que le cheval mâchait sans cesse

lui entretenaient la bouche fraiche, et pour peu qu'on voulút le tenir dans la main et dans les jambes , sa bouche devait s'ouvrir en jouant avec le mors, comme on le voit aux stalues antiques. Dans la cavalerie hongroise et dans celle des Polonais,. ou conserve l'usage des embouchures brisées à patenôtres et annelets, mais sans rouelles.

On ne sera peut-être pas fåché de trouver ici la description qne fait Arrien du mors des Indiens, apparemment d'après quelqu'un des historiens d'Alexandre. La voici traduile mot à moi : « Leurs chevaux , dit-il, « ne sont ni équipés ni bridés comme ceux des Grecs ou des Celtes, mais « ils ont autour du museau une pièce de cuir de beuf cru, armée en de

dans de pointes de cuivre ou de fer, non trop aiguës ; les riches mettent « des pointes, d'ivoire; outre cela, le cheval a dans la bouche une espèce « de broche de fer à laquelle sont attachées les rênes ; ainsi , lorsqu'on ramène les rènes, le cheval est retenu par cette broche, et le cuir garni de pointes, qui tient aussi à la même broche, agissant alors, le force d'obéir à la main. »

Cette bride demandait sans doute une main fort légère, et par conséquént ne devait pas être d'un bon usage à la guerre. C'est l'objection qu'on peut faire à celle du maréchal de Saxe, dont il attribue l'invention à Charles XII, mais qui n'est autre chose que le morso finto, ou mors faus, employé de tout temps par les Napolitains pour les chevaux indociles.

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manière de s'en servir sera toujours la même. Pour faire prendre au cheval l'allure que nous avons dit, il faudra lui ramener la tête

par

différens temps de bride, non trop durement, de façon qu'il batte à la main, ni si doucement qu'il n'en sente rien; et dès qu'obéissant au temps de bride il relèvera son encolure, il faut sur-lechamp lui rendre la main : de même pour tout le reste, nous ne saurions trop le répéter, dès qu'il exécute bien ce qu'on lui demande, qu'on le récompense aussitôt, en lui accordant quelque chose qui lui soit agréable. Lorsqu'on verra qu'il porte beau, et sent avec plaisir la légèreté de la main, qu'on se garde bien alors de le chagriner en rien, comme pour le faire travailler; mais qu'on le caresse, au contraire, comme pour cesser le travail: de la sorte, comptant en être bientôt quitte, il prendra plus volontiers un galop franc et soutenu. Que le cheval de soi aime à galoper , cela se voit, en ce que tout cheval qui s'échappe, galope d'abord et ne va point au pas; c'est que

naturellement la course lui plaît, tant qu'on ne l’y force point au delà de ce qu'il peut faire: car pour le cheval comme pour l'homme, rien n'est plaisir, passé la mesure. Lors donc qu'on sera parvenu à lui donner cette allure fière (bien entendu qu'on l'ait d'abord exercé à partir de vitesse après la demi-volte); si, dis-je , l'ayant instruit à cela, en même temps qu’on ramène la bride, on emploie quelqu'une des aides propres à le faire partir, alors contenu par le mors, excité par

les aides qui le chassent en avant, il avance la poitrine, il lève haut les bras, par colère, non plus moelleusement; car le cheval gêné ne peut guère avoir les mouvemens moelleux: mais si après l'avoir de la sorte enflammé, on lui rend la bride, par l'aise qu'il éprouve en se trouvant délivré de la sujétion du mors, il élève fièrement sa tête, ploie les jambes avec grace, et prend absolument le même air que lorsqu'il veut paraître beau près des autres chevaux; et quicon: que le regarde en ce moment, l'appelle généreux, noble, courageux, plein de feu, superbe, gracieux et terrible à voir; et ceci soit écrit

pour ceux qui désirent à leurs chevaux de telles louanges.

Si l'on veut un cheval de parade, relevé, brillant, tous ne sont pas susceptibles de ces airs ', mais ceux-là seulement qui joignent à une ame noble un corps vigoureux. Il n'est pas vrai, comme quelques uns le croient, que le cheval qui a le pli des membres le plus moelleux , ait par cela seul plus de facilité à s'enlever de l'avant-main; mais plutôt celui qui aura les reins

· Il ne faut pas prendre ici ces mois airs et relevé dans le sens strict de nos écoles. Xénophon n'emploie nulle part de terme générique pour désigner ce que vous nommons proprement les airs, et il n'a point du tout connu les airs relevés.

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