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des pièces entre amis. Quelques bourgeois de Paris forme- Quoique la troupe de Molière n'eût point réussi , cepenrent une troupe dont Molière étoit; ils jouèrent plusieurs dant, pour peu qu'elle avoit paru, elle lui avoit donné ocfois pour se divertir. Mais ces bourgeois, ayant suffisam- casion suffisamment de faire valoir dans le monde les disment rempli leur plaisir , et s'imaginant ètre de bons positions extraordinaires qu'il avoit pour le théâtre, et acteurs, s'avisèrent de tirer du profit de leurs représenta- | M. le prince de Conti, qui l'avoit fait venir plusieurs fois tions. Ils pensèrent bien sérieusement aux moyens d'exér jouer dans son hôtel , l'eccouragea; et, voulant bien l'hocuter leur dessein; et, après avoir pris toutes leurs mesu- norer de sa protection, il lui ordonna de le venir trouver res, ils s'établirent dans le jeu de paume de la Croix- en Languedoc avec sa troupe, pour y jouer la comédie '. Blanche, au faubourg Saint-Germain'. Ce fut alors que Cette troupe étoit composée de la Béjart, de ses deux Molière prit le nom qu'il a toujours porté depuis. Mais frères ; de Duparc, dit Gros-René; de sa femme; d'un lorsqu'on lui a demandé ce qui l'avoit engagé à prendre påtissier de la rue Saint-Honoré, père de la demoiselle de celui-là plutôt qu'un autre, jamais il n'en a voulu dire la La Grange, femme-de-chambre de la de Brie”; celle-ci raison, mème à ses meilleurs amis 2.

étoit aussi de la troupe avec son mari, et quelques autres ?. L'établissement de cette nouvelle troupe de comédiens Molière, en formant sa troupe, lia une forte amitié n'eut point de succès , parce qu'ils ne voulurent pas suivre avec la Béjart, qui , avant qu'elle le connût, avoit eu une les avis de Molière, qui avoit le discernement et les vues beaucoup plus justes que des gens qui n'avoient pas été parcourut la province avec sa troupe. Il y resta quatre ou cinq cultivés avec autant de soins que lui.

ans pour se perfectionner dans son art. Dans ce long intervalle

on le retrouve une seule fois à Bordeaux favorablement accueilli Un auteur grave nous fait un conte au sujet du parti

par le duc d'Espernon, si fameux sous les régnes de Henri III que Molière avoit pris de jouer la comédie. Il avance que

et de Henri IV. En 1650, il revint à Paris, et c'est seulement alors sa famille, alarmée de ce dangereux dessein, lui envoya

que le prince de Conti, son ancien condisciple, le fit jouer à son un ecclésiastique 3 pour lui représenter qu'il perdoit entiè- hotel (aujourd'hui la Monnoie). rement l'honneur de sa famille ; qu'il plongeoit ses parents

* Nouvelle confusion dans les époques. Ce ne fut qu'en 1653 dans de douloureux déplaisirs, et qu'enfin il risquoit son

ou 1634, un peu avant la convocation des états du Languedoc, salut d'embrasser une profession contre les bonnes meurs, que le prince de Conti ordonna à Molière d'aller le rejoindre à et condamnée par l'Eglise ; mais qu'après avoir écouté Béziers. Ainsi voilà huit années de la vie de Molière dont tous les tranquillement l'ecclésiastique, Molière parla à son tour détails nous sont inconnus. Molière passa à Lyon toute l'année

de 1653. avec tant de force en faveur du théâtre, qu'il séduisit l'esprit de celui qui le vouloit convertir, et l'emmena avec . Ce pâtissier se nommoit Ragueneau; il fut long-temps aimé lui pour jouer la comédie. Ce fait est absolument inventé

des comédiens et chéri des poètes, qui se régaloient à ses dépens. par les personnes de qui M. Perrault peut l'avoir pris pour

L'un de ces derniers, nommé Beys, lui ayant inspiré l'idée de

faire des vers , le pauvre Ragueneau négligea son four, et, de nous le donner; et quand je n'en aurois pas de certitude,

bon påtissier, il devint d'abord méchant poète , puis méchant cole lecteur, à la première réflexion, présumera , avec moi ,

médien. Dassoucy, qui nous a conservé son histoire, dit qu'à que ce fait n'a aucune vraisemblance. Il est vrai que les force de faire crédit à ses confrères du Parnasse, il se ruina, et parents de Molière essayèrent , par toutes sortes de voies,

qu'un beau malin, sans aucun respect pour les Muses, des huisde le détourner de sa résolution; mais ce fut inutilement : siers le jetèrent dans une prison. Il en sortit après un an de cap. sa passion pour la comédie l'emportoit sur toutes leurs tivité, et voulut donner au monde les vers qu'il avoit comraisons *.

posés ; mais, dit plaisamment Dassoucy, « Il ne trouva dans Paris » aucun poète qui le voulût nourrir à son tour, et aucun pâtis

► sier qui, sur un de ses sonnets, lui voulñt faire crédit seuleCette troupe, connue sous le nom d'illustre théâtre, étoit

» ment d'un pâté. Il sortit donc de Paris avec sa femme et ses dirigée par les Béjart (1645). Elle débuta sur les fossés de la porte

» enfants, lui cinquième, en comptant un petit âne tout chargé de Nesie , aujourd'hui la rue Mazarine. N'ayant obtenu aucun succès, elle traversa la Seine, et ouvrit un théâtre au port

» de ses cuvres, pour aller chercher fortune en Languedoc, où

» il fut reçu dans une troupe de comédiens qui avoit besoin d'un Saint-Paul. De là elle revint au faubourg Saint-Germain, et c'est

» homme pour faire un personnage de Suisse, où , quoique son alors seulement qu'elle s'établit au jeu de paume de la Croix

» rôle fût tout au plus de quatre vers, il s'en acquitta și bien, Blanche.

» qu'en moins d'un an il acquit la réputalion du plus méchant Ce silence n'a rien de fort merveilleux : peut-être que le sou- » comédien du monde; de sorte que les comédiens, ne sachant venir de la Polyxène, roman qui avoit alors quelque réputation,

» à quoi l'employer, le voulurent faire moucheur de chandelles; et dont l'auteur, qui se nommoit Molière, avoit long-temps joué

» mais il ne voulut point accepter cette condition, comme répula comédie, eut quelque part à ce choix. (Ce passage est extrait

» gnante à l'honneur et à la qualité de poète : depuis, ne poud'une Vie de Molière, peu connue, écrite en 1724. Nous aurons

vant résister à la force de ses destins, je l'ai vu avec une autre plusieurs fois occasion de citer cet ouvrage, dont le rédacteur

► troupe, mouchant les chandelles fort proprenient. Voilà le avoit recueilli de la bouche des contemporains plusieurs anec- » destin des fous, quand ils se font poètes, et le destin des poètes, dotes fort piquantes.)

quand ils deviennent fous. » (Dassoucy, Aventures d'Italie, • Perrault, qui raconte cette anecdote, parle d'un maitre de page 284.) pension, et non d'un ecclésiastique. Le fait ainsi rétabli n'a

Ces acteurs ne faisoient pas partie de la troupe au moment rien d'invraisemblable. On peut croire au contraire

de son départ de Paris; mais Molière s'étant arrêté à Lyon, où composa le Maitre d'École , le Docteur amoureux, les trois il donna l'Élourdi, y obtint un tel succès, qu'il fit tomber Docteurs rivaux, et le rôle de Métaphraste, pour son maitre deux autres troupes dont les premiers acteurs s'empressèrent de de pension : on sait avec quel soin il approprioit ses rôles au ca

se joindre à lui. De ce nombre étoient La Grange, du Croisy. ractère de ses acteurs.

Duparc, et les demoiselles de Brie et Duparc. C'est pour Duparc * A cette époque, c'est-à-dire en 1643, Molière quitta Paris et que Molière fit le rôle de Gros-Rene du Dépit amoureux.

que Molière

petite fille de M. de Modène, gentilhomme d'Avignon, Molière s'acquit beaucoup de réputation dans cetle proavec qui j'ai su, par des témoignages très-assurés, que la vince, par les deux premières pièces de sa façon qu'il fit inère avoit contracté un mariage caché. Cette petite fille, paroître, l'Elourdi et le Dépit amoureux ; ce qui engagea accoutumée avec Molière qu'elle voyoit continuellement, d'autant plus M. le prince de Conti à l'honorer de sa bienl'appela son mari dès qu'elle sut parler '; et à mesure veillance et de ses bienfaits : ce prince lui confia la conqu'elle croissoit, ce nom déplaisoit moins à Molière; mais duite des plaisirs et des spectacles qu'il donnoit à la procela ne paroissoit à personne tirer à aucune conséquence. vince, pendant qu'il en tint les états ; et ayant remarqué La mère : ne pens uit à rien moins qu'à ce qui arriva dans en peu de temps toutes les bonnes qualités de Molière, la suite; et, occupée seulement de l'amitié qu'elle avoit son estime pour lui alla si loin qu'il le voulut faire son pour son prétendu gendre, elle ne voyoit rien qui dût lui secrétaire : mais Molière aimoit l'indépendance, et il étoit faire faire des réflexions.

si rempli du desir de faire valoir le talent qu'il se connoisMolière partit avec sa troupe , qui eut bien de l'applau, soit , qu'il pria M. le prince de Conti de le laisser contidissement en passant à Lyon, en 1653, où il donna au nuer la comédie; et la place qu'il auroit remplie fut donnée public l'Étourdi, la première de ses pièces, qui eût autant à M. de Simoni. Ses amis le blâmèrent de n'avoir point de succès qu'il en pouvoit espérer. La troupe passa en accepté un emploi si avantageux. « Eh! messieurs, leur Languedoc, où Molière fut reçu très-favorablement de dit-il, ne nous déplaçons jamais, je suis passable auteur, M. le prince de Conti', qui eut la bonté de donuer des » si j'en crois la voix publique ; je puis être un fort mauappointements à ces comédiens 4.

» vais secrétaire. Je divertis le prince par les spectacles » que je lui donne; je le rebuterai par un travail sérieux | premier jour de comédie. Tout cela lui auroit manqué

D

>

»

* Molière ne se lia avec les Béjart qu'en 1645. La jeune Armande éloit peut-être alors auprès de sa seur. Elle avoit quatorze ou quinze ans en 1653, au moment de son départ pour Lyon. Molière l'ayant épousée dans la suite, on osa répandre le bruit qu'il s'étoit uni à la fille de sa maitresse, et même à sa propre tille : imputations infames auxquelles Molière ne daigna jamais répondre. Cependant on avoit ignoré jusqu'à ce jour qu'Armande Béjart femme de Molière) étoit la squr et non la fille de cette Madeleine Béjart que Raymond, seigneur de Modène, épousa secrètement. Cette découverte précieuse est due à M. Beffara qui a publié l'acte de mariage de Molière, acte qu'il ne sera point inutile de rapporter ici :

« Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cressé, d'une part, et Armande Gresinde Béjart, ► fille de feu Joseph Béjart et de Marie Hervé, d'autre part, « tous deux de cette paroisse vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés » et mariés, tout ensemble, par permission de M. Comtes, » doyen de Notre-Dame, et grand-vicaire de monseigneur le » cardinal de Retz, archevêque de Paris , en présence dudit Jean

Poquelin , père du marié, et de André Boudet, beau-frère du > marié, de ladite Marie Hervé , mère de la mariée, Louis Bé» jart et Madeleine Béjart, frère et seur de ladite mariée. »

Cet acte est signé J. B. Poquelin (c'est Molière), J. Poquelin (c'est son père), Boudet (c'est son beau-frère), Marie Hervé (c'est la mère d'Armande Béjarl), Armande Gresinde Béjart , Louis Béjart, et Béjart (Madeleine, sæur d'Armande Béjart.)

. Lisez, la saur.

• Armand de Bourbon, prince de Conti, frère du grand Condé, né le 11 octobre 1629, épousa, en 1654, Martinozzi, nièce de Mazarin, ce qui le fit nommer gouverneur de Guienne. Il aimoit passionnément la comédie, et se plaisoit même à imaginer des sujets propres à la scène; depuis il a écrit contre les spectacles. Il mourut à Pézenas, le 21 février 1666. Son ouvrage est intitulé : Traité de la comédie et des spectacles, selon la tradition de l'Église, par le prince de Conti, Paris, 1667, in-8°,

*Ce ne fut qu'en 1654 que Molière se rendit auprès du prince de Conti. Cette date est établie par la première représentation du Depit amoureux, et par les Mémoires de Dassoucy.Ce dernier ouvrage nous fournit quelques détails pleins d'intérêt sur cette époque de la vie de Molière, sur son voyage, et sur la générosité de son caractère. Dassoucy étoit une espèce de troubadour, bon musicien, poète agréable, qui couroit joyeusement de ville en ville, son luth à la main, et suivi de deux jeunes pages qui ont beaucoup trop occupe la muse de Chapelle. Arrivé à Lyon, il trouva, dit-il, ses poésies dans tous les couvents de religieuses;

mais, « Ce qui me charma le plus, ce fut la rencontre de Mo

lière et de MM. les Béjart. Comme la comédie a des charmes, · je ne pus sitôt quitter ces charmants amis : je demeurai trois » mois à Lyon parmi les jeux, la comédie, et les festins, quoique ► j'eusse bien mieux fait de ne m'y pas arrêter un jour; car, au » milieu de tant de caresses, je ne laissai pas d'y essuyer de » mauvaises rencontres. » (Il perdit son argent au jeu, et un de ses pages l'abandonna.) « Ayant ous dire qu'il y avoit à Avignon v une excellente voix de dessus, dont je pourrois facilement » disposer, je m'embarquai avec Molière sur le Rhône ,qui niène » en Avignon, où, étant arrivé avec quarante pistoles de » reste du débris de mon naufrage, comme un joueur ne • sauroit vivre sans cartes , non plus qu'un matelot sans tabac, ». la première chose que je fis, ce fut d'aller à l'académie ; j'a« >> vois déja oui parler du mérite de ce lieu et de la capacité de » plusieurs galants hommes qui divertissoient galamment les ► bienheureux passants qui aiment à jouer à trois dés. J'en fus ► encore averti charitablement par un fort honnête marchand de » linge, qui, voyant ma bourse assez bien garnie , que j'avois » ouverte pour lui payer quelques rabats, me dit : Monsieur,

tandis que vous avez la main au gousset , vous feriez bien de • faire votre provision de linge, car vous vois souvent entrer » dans cette porte (me montrant la porte de l'académie) où j'ai » bien vu entrer des étrangers aussi lestes que vous; mais je

vous puis assurer, par la part que je prétends en paradis, que ► je u'en ai vu jamais aucun qui, au bout de quinze jours, en

soit sorti mieux vêtụ que notre premier père Adam sortit du » paradis terrestre. Comme cette maison est un petit quartier de » la Judée, et que les Juifs sont amoureux des nippes, ils joue» ront sur tout, et bien que vous ayez le visage d'un fébrici» lant (il avoit la fièvre), ne croyez pas que ce peuple mosaï> que, qui ne pardonne pas à la peau, pardonne à la chemise.

Après avoir gagné votre argent, ils vous dépouilleront comme » au coin d'un bois, et vous gagneront votre habit : c'est pourquoi je vous conseille d'acheter au moins une paire de cale

cons... J'étois trop amoureux de mon foible pour écouter un » conseil si contraire à ma passion dominante, et jour pour

jour je me trouvai, au bout du mois, au même état que mon » marchand de linge m'avoit prédit... Un grand Juif, qui avoit » le nez long et le visage pâle , me gagna mon argent; Moïse me

gagna ma bague, et Simon le lépreux mon manteau. Pierro» tin, qui faisoit gloire de m'imiter, rafla son baudrier contre » Abraham. Je laissai donc tout à ce peuple circoncis, jusqu'à » ma fièvre quarie que je perdis avec mon argent. Mais, comme » un homme n'est jamais pauvre tant qu'il a des amis, ayant ► Nolière pour estimateur, et toute la maison des Béjart pour

>>

D

et mal conduit. Et pensez-vous d'ailleurs, ajouta-t-il, chez M. le prince de Conti'. » qu'un misanthrope comme moi, capricieux si vous vou- Après quatre ou cinq années de succès dans la province, o lez, soit propre auprès d'un grand? Je n'ai pas les senti- la troupe résolut de venir à Paris. Molière sentit qu'il avoit » ments assez flexibles pour la domesticité : mais plus que assez de force pour y soutenir un théâtre comique, et » tout cela, que deviendront ces pauvres gens que j'ai amenés qu'il avoit assez façonné ses comédiens pour espérer d'y o si loin? qui les conduira? ils ont compté sur moi ; et je avoir un plus heureux succès que la première fois. Il s'as» me reprocherois de les abandonner. » Cependant j'ai su suroit aussi sur la protection de M. le prince de Conti. que la Béjart (Madeleine) lui auroit fait le plus de peine à Molière quitta donc le Languedoc ? avec sa troupe; mais quitter; et cette femme, qui avoit tout pouvoir sur son il s'arrèta à Grenoble, où il joua pendant tout le carnaval; esprit, l'empêcha de suivre M. le prince de Conti. De son après quoi ces comédiens vinrent à Rouen, afin qu'étant côté, Molière étoit ravi de se voir le chef d'une troupe; il plus à portée de Paris, leur mérite s'y répandit plus aisése faisoit un plaisir sensible de conduire sa petite républi- ment. Pendant ce séjour, qui dura tout l'été, Molière fit que : il aimoit à parler en public; il n'en perdoit jamais plusieurs voyages à Paris, pour se préparer une entrée l'occasion ; jusque-là que s'il mouroit quelque domestique chez Monsieur, qui , lui ayant accordé sa protection, eut de son théâtre, ce lui étoit un sujet de haranguer pour le la bonté de le présenter au roi et à la reine-mère.

Ces comédiens eurent l'honneur de représenter la pièce » l'envie qu'ils avoient d'avoir l'honneur de divertir le Le divertissement que cette troure venoit de donner à sa
» plus grand roi du monde leur avoit fait oublier que sa majesté, lui ayant plu, elle voulut qu'elle s'établit à Paris ;
» majesté avoit à son service d'excellents originaux, dont et pour faciliter cet établissement, le roi eut la bonté de
» ils n'étoient que de très-foibles copies ; mais que puis- donner le Petit-Bourbon 'à ces comédiens pour jouer al-
» qu'elle avoit bien voulu souffrir leur manière de ca upa- ternativement avec les Italiens. On sait qu'ils passèrent, en
» gne, il la supplioit très-humblement d'avoir agréable | 1660, au Palais-Royal, et qu'ils prirent le titre de Comé-
» qu'il lui donnåt un de ces petits divertissements qui lui diens de Monsieur.
» avoient acquis quelque réputation, et dont il régaloit les Molière, qui, en homme de bon sens, se défioit tou-
» provinces '; » en quoi il comptoit bien réussir, parcequ'il jours de ses forces, eut peur alors que ses ouvrages n'eus-
avoit accoutumé sa troupe à jouer sur-le-champ de petites sent pas du public de Paris autant d'applaudissements que
comédies à la manière des Italiens. Il en avoit deux entre dans les provinces. Il apprébendoit de trouver, dans ce
autres que tout le monde en Languedoc, jusqu'aux per- parterre, des esprits qui ne fussent pas plus contents de lui
sonnes les plus sérieuses, ne se lassoient point de voir re- qu'il ne l'étoit lui-même: et si sa troupe, dans les commen-
présenter : c'étoient les trois Docteurs rivaux, et le Mai- cements, ne l'avoit excité à profiter des heureuses disposi-
tre d'école, qui étoient entièremeut dans le goût italien. tions qu'elle lui connoissoit pour le théâtre comique, peut-

de Nicomède devant leurs majestés, au mois d'octobre o amie, en dépit du diable, de la fortune, et de tout ce peuple 1658 3. Leur début fut heureux; et les actrices surtout fu, hebraique, je me vis plus riche et plus content que jamais ;

rent trouvées bonnes. Mais comme Molière sentoit bien que » car ces généreuses personnes ne se contenlèrent pas de m'as► sister comme ami , elles me voulurent traiter comme parent.

sa troupe ne l'emporteroit pas pour le sérienx sur celle de » Étant commandés pour aller aux états , ils me menèrent avec

l'hôtel de Bourgogne, après la pièce , il s'avança sur le reux à Pézenas ; où je ne saurois dire combien de graces je re

théâtre, et après avoir remercié sa majesté en des termes ► çus ensuite de toute la maison. On dit que le meilleur frère est très-modestes de la bonté qu'elle avoit eue d'excuser ses

las, au bout d'un mois , de donner à manger à son frère; mais défauts et ceux de sa troupe, qui n'avoit paru qu'en trem► ceux-ci plus généreux que tous les frères qu'on puisse avoir, blant devant une assemblée si auguste, il ajouta « que > ne se lassèrent point de me voir à leur table tout un hiver, et je peux dire;

'Grimarest oublic ici un fait qui a pu influer sur la détermi» Qu'en cette douce compagnie ,

nation de Molière. Cette place lui fut offerte peu de temps après » Que je repaissois d'harunonie,

la mort du poète Sarrasin , que le prince lui proposoit de rem» Au milieu de sept ou huit plats

placer; et on lit dans les Mémoires de Segrais, « Que Sarrasin » Exempt de soin et d'einbarras,

» mourut à l'âge de quarante-trois ans, d'une lièvre chaude » Je passois doucement la vie.

» causée par un mauvais traitement que lui fit M. le prince de ► Jamais plus gueux ne fut plus gras ;

» Conti. Ce prince lui donna un coup de pincette à la tempe : le Et quoiqu'on chante, et quoi qu'on die

» sujet de son mécontentement étoit que l'abbé de Cosnac, de» De ces heaux messieurs des états,

» puis archevêque d'Aix, et Sarrasin, l'avoient fait condescen» Qui tous les jours ont six ducals,

dre à épouser la nièce du cardinal Mazarin, et abandonner » La masique et la comédie ;

» quarante mille écus de bénéfice pour n'avoir que vingt-cinq » A cette table bien garnie.

» mille écus de rente; de sorte que l'argent lui manquoit sou» Parmi les plus friants muscats,

» vent; et alors il étoit dans des chagrins contre ceux qui lui » C'est moi qui soufllois la rôtie,

» avoient fait faire cette bassesse, comme il l'appeloit, à cause » Et qui buvois plus d' bypocras.

► de la haine universelle qu'on avoit dans ce temps-là contre le

» cardinal de Mazarin. » (Mémoires de Segrais, page 51.) – » En effet, quoique je fusse chez eux, je pouvois bien dire

Le prince de Conti avoit été généralissime des troupes de la que j'étois chez moi. Je ne vis jamais tant de bonté, tant de

Fronde. Le cardinal de Retz dil de ce prince que « c'étoit un » franchise ni tant d'honnêteté, que parmi ces gens-là , bien

v zéro qui ne multiplioit que parce qu'il étoit prince du sang. » dignes de représenter réellement dans le monde les personna

» La méchanceté, ajoute-t-il, faisoit en lui ce que la foiblesse » ges des princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre,

» faisoit en M. le duc d'Orléans. Ce fut le cardinal de Retz qui » Après donc avoir passé six bons mois dans cette cocagne, et

plaça le poète Sarrasin auprès de ce prince. » (Mémoires du » avoir reçu de M. le prince de Conti, de Guilleragues, et de

cardinal de Retz, liv. II, p. 207, et liv. Iu , p. 60.) » plusieurs personnes de cette cour, des présents considérables, ► je commençai à regarder du côté des monts ; mais, comme il

* A son retour des états du Languedoc , au mois de décem, me fichoit fort de retourner en Piémont, sans y amener en

bre 1657, il trouva à Avignon Pierre Mignard qui revenoit d'Itacore un page de musique, et que je me trouvois tout porte

lie, où il avoit passé vingt-deux ans. A cette époque, Miguard » dans la province de France qui produit les plus belles voix,

faisoit le portrait de la marquise de Gange, célèbre par sa beauté » aussi bien que les plus beaux fruits , je résolus de faire encore

et sa fin tragique. C'est donc à Avignon que commença entre » une tentative ; et, pour cet effet , comme la comédie avoit as

Mignard et Molière une amitié qui dura toute leur vie. Mignard sez d'appas pour s'accommoder à mon desir, je suivis encore

a laissé à la postérité le portrait de Molière; et Molière , dans son , Molière à Narbonne. » (Aventures de Dassoucy, t. 1. p. 509.)

poème du Val-de-Grace, a rendu au talent de Mignard un On regrette que Dassoucy ne soit pas entré dans de plus longs

hommage qui mérita les éloges de Boileau. (V'ie de Mignard, détails sur Molière et sur sa troupe; cependant ce passage est

in-12, 1630, page 53.) d'autant plus précieux, qu'il renferme les seuls documents au. Ce début eut lieu le 24 octobre, sur un théâtre que le roi avoit thentiques qui nous soient parvenus sur cette époque de la vie fait dresser dans la salle des gardes du vieux Louvre. (Vie de de Molière.

Molière, par La Grange.)

Le roi parut satisfait du compliipent de Molière, qui étre ne se seroit-il pas hasardé de livrer ses ouvrages au
l'avoit travaillé avec soin ; et sa majesté voulut bien qu'il public. « Je ne comprends pas, disoit-il à ses camarades
lui donnåt la première de ces deux petites pièces , qui eul » en Languedoc, comment des personnes d'esprit pren-
un succès favorable?. Le jeu de ces comédiens fut d'autant » nent du plaisir à ce que je leur donne; mais je sais bien
plus goûté, que depuis quelque temps on ne jouoit plus » qu'en leur place je n'y trouverois aucun goût. » -
que des pièces sérieuses à l'hôtel de Bourgogne; le plaisir « Eh! ne craignez rien, lui répondit un de ses amis;
des petites comédies étoit perdu'.

» l'homme qui veut rire se divertit de tout, le courtisan

» comme le peuple. » Les comédiens le rassurèrent à Pa-
"Nous rétablissons ici le discours de Molière tel qu'il se trouve

ris, comme dans la province, et ils commencèrent à re-
dans la Préface de La Grange, édition de 1682.

présenter, dans cette grande ville , le 3 de novembre 1658.
* Ce ne fut point les trois Docteurs rivaux, mais le Docteur

L'Etourdi, la première de ses pièces, qu'il fit paroitre dans
amoureux, que Molière représenta devant Louis XIV.a Comme

ce mème mois, et le Dépit amoureur, qu'il donna au mois
il y avoit long-temps qu'on ne jouoil plus de pelites comédies, de décembre suivant, furent reçues avec applaudissement;

disent les éditeurs de 1682, l'invention en parut nouvelle, et et Molière enleva tout-à-fait l'estime du public en 1659,
» celle qui fut représentée ce jour-là divertit autant qu'elle sur- par les Précieuses ridicules, ouvrage qui fit alors espérer
> prit tout le monde. Moliere faisoit le docteur, et la maniere de cet auteur les bonnes choses qu'il nous a doanées depuis.
» dont il s'acquitta de ce personnage le mit dans une si grande

Cette pièce fut représentée au simple la première fois ;
» estime, que samajesté donna des ordres pour établir sa troupe

mais le jour suivant on fut obligé de la mettre au double,
» à Paris. » (Preface de La Grange dans l'édition de 1682.) On
sait que Boileau regrettoit fort qu'on eût perdu la petite comédie

à cause de la foule incroyable qui y avoit été le premier
du Docteur amoureux, parce que, disoit-il, il y a toujours quel- jour ?.
que chose de saillant et d'instructisdans les moindres ouvrages de

Les Précieuses furent jouées pendant quatre mois de
Molière. (Voyez le Boléana.) Outre ces deux farces, Molière suite. M. Ménage, qui étoit à la première représentation
avoit encore composé en province le Maitre d’école, le Méde- de cette pièce, en jugea favorablement. « Elle fut jouée,
cin volant et la Jalousie de Barbouillé. Ces deux derniers » dit-il, avec un applaudissement général; et j'en fus si sa-
canevas servirent depuis à Molière lorsqu'il composa le Mariage

» tisfait en mon particulier, que je vis dès lors l'effet qu'elle
force, le Médecin malgré lui, et George Dandin. Ils ont

» alloit produire. Monsieur, dis-je à M. Chapelaiu en sor-
été retrouvés.
Il existe deux registres de la troupe de Molière, qui commen-

» tant de la comédie, nous approuvions, vous et moi,
cent le 6 avril 1663, et se terminent le 4 janvier 1663. On y trouve

» toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si fine-
le titre de différentes petites pièces dont il est possible que Mo-

» ment, et avec tant de bon sens; mais, croyez-moi, il
lière soit l'auteur :

» nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer
fo Le 13 avril 1663,

» ce que nous avons brûlé. Cela arriva comme je l'avois
LE DOCTEUR PÉDANT.
2° Le 15,
LA JALOUSIE DE GROS-RENE.

» prédit, et dès cette première représentation, l'on revint
3° Le 17,
GORGIBUS DANS LE SAC, titre qui semble

» du galimatias et du style forcé. »
indiquer le canevas de la seconde scène Un jour que l'on représentoit cette pièce, un vieillard
des Fourberies de Scapin.

s'écria du milieu du parterre: Courage, courage, Molière !
LE FAGOTEUX : on sait que c'est le titre voilà la bonne comédie ; ce qui fait bien connoitre que le

que Molière donnoit lui-même au Me.
decin malgré lui.

'Le théâtre du Petit-Bourbon avoit été construit dans l'em-
• Le 20 janvier 1664, LE GRAND BENĚT DE FILS : ce canevas

placement qu'occupe aujourd'hui la colonnade du Louvre.
pourroit bien être le modèle du Tho-

(DESPRÉS.)
mas Diafoirus du Malade imaginaire.
6° Le 27 avril,

L'auteur veut dire sans doute que le prix des places fut dou-
GROS-RENÉ PETIT ENFANT.
7° Le 26 mai,

blé : il se trompe, elles furent tiercées, ce qui n'empêcha pas la
LA CASAQUE.

pièce d'être jouée quatre mois de suite. Il paroit que Molière
* Depuis la mort tragique de Gros-Guillaume, Garguille et joua le rôle de Mascarille avec un masque pendant les premières
Turlupin, et la perte de Bruscambille, qui mourut dans la même représentations. C'est ce que nous apprend le comédien Villiers
année.

dans la Vengeance des marquis. (B.)

4° Le 20,

theatre comiqne étoit alors bien négligé , et que l'on étoit » porain qui ne réussissoit point , où est le mérite de l'a-
fatigué de mauvais ouvrages avant Molière , comme nous >> voir fait : ce sont les Adelphes de Térence; il est aisé de
l'avons été après l'avoir perdu.

» travailler en y mettant si peu du sien, et c'est se donner
Cette comédie eut cependant des critiques; on disoit que » de la réputation à peu de frais. » On n'écoutoit point les
c'éloit une charge un peu forte : mais Molière connoissoit personnes qui parloient de la sorte ; et Molière eut lieu
déja le point de vue du théâtre, qui demande de gros traits d'être satisfait du public, qui applaudit fort à sa pièce : c'est
pour affecter le public, et ce principe lui a toujours réussi aussi une de celles que l'on verroit encore représenter au-
dans tous les caractères qu'il a voulu peindre.

jourd'hui avec le plus de plaisir, si elle étoit jouée avec
Le 28 mars 1660, Molière donna pour la première fois autant de feu et de délicatesse qu'elle l'étoit du temps de
le Cocu imaginaire , qui eut beaucoup de succès. Cepen- l'auteur.
dant les petits auteurs comiques de ce temps-là, alarmés Les Fâcheux, qui parurent à la cour au mois d'août
de la réputation que Molière commençoit à se former, fai- 1661, et à Paris le 4 du mois de novembre suivant, ache-
soient leur possible pour décrier sa pièce. Quelques per- vèrent de donner à Molière la supériorité sur tous ceux de
sonnes savantes et délicates répandoient aussi leur critique: son temps qui travailloient pour le théâtre comique. La di-
le titre de cet ouvrage, disoient-ils, n'est pas noble; et

versité de caractères dont cette pièce est remplie , et la na-
puisqu'il a pris presque toute cette pièce chez les étran- ture que l'on y voyoit peinte avec des traits si vifs, enle-
gers, il pouvoit choisir un sujet qui lui fit plus d'honneur. voient tous les applaudissements du public. On avoua que
Le commun des gens ne lui tenoit pas compte de cette Molière avoit trouvé la belle comédie; il la rendoit diver-
pièce, comme des Précieuses ridicules ; les caractères de tissante et utile. Cependant l'homme de cour, comme
celle-là ne les touchoient pas aussi vivement que ceux de l'homme de ville, qui croyoit voir le ridicule de son carac-
l'autre. Cependant, malgré l'envie des troupes, des au- tère sur le théâtre de Molière, altaquoit l'auteur de tous
teurs, et des personnes inquiètes, le Cocu imaginaire côtés. Il outre tout , disoit -on ; il est inégal dans ses pein-
passa avec applaudissement dans le public. Un bon bour-tures ; il dénoue mal. Toutes les dissertations malignes que
geois de Paris, vivant bien noblement, mais dans les cha- l'on faisoit sur ses pièces n'en empèchoient pourtant point
grins que l'humeur et la beauté de sa femme lui avoient le succès ; et le public étoit toujours de son côté.
assez publiquement causés , s'imagina que Molière l'avoit

On lit dans la préface qui est à la lète des pièces de Molière,
pris pour l'original de son Cocu imaginaire. Ce bourgeois qu'elles n'avoient pas d'égales beautés, parce , dit-on , qu'il
crut devoir s'en offenser ; il en marqua son ressentiment à

étoit obligé d'assujettir son génie à des sujets qu'on lui pre-
un de ses amis. « Comment! lui dit-il, un petit comédien crivoit, et de travailler avec une très-grande précipitation.
» aura l'audace de mettre impunément sur le théâtre un

Mais je sais , par de très-bons mémoires, qu'on ne lui a
» homme de ma sorte (car le bourgeois s'imagine ètre jamais donné de sujets ; il en avoit un magasin d'ébauchés
» beaucoup plus au-dessus du comédien que le courtisan par la quantité de petites farces qu'il avoit basardées dans
» ne croit être élevé au-dessus de lui)! Je m'en plaindrai, les provinces ; et la cour et la ville lui présentoient tous les
» ajoula-t-il : en bonne police, on doit réprimer l'insolence jours des originaux de tant de façons, qu'il ne pouvoit s'em-
» de ces gens-là ; ce sont les pestes d'une ville ; ils obser- pècher de travailler de lui-

même sur ceux qui frappoient
» vent tout pour le tourner en ridicule. » L'atni, qui étoit le plus : et quoiqu'il dise dans sa préface des Facheux,
homme de bon sens , et bien informé, lui dit : « Monsieur, qu'il ait fait cette pièce en quinze jours, j'ai de la peine à
» si Molière a eu intention sur vous en faisant le Cocu ima-

le croire ; c'étoit l'homme du monde qui travailloit avec le
» ginaire, de quoi vous plaignez-vous ? il vous a pris du plus de difficulté: et il s'est trouvé que des divertissements
» beau côté; et vous seriez bien heureux d'en être quitte qu'on lui demandoit étoient faits plus d'un an auparavant.
» pour l'imagination. » Le bourgeois , quoique peu satis-

On voit dans les remarques de M, Ménage, que « dans
fait de la réponse de son ami, ne laissa pas d'y faire quel-

» la comédie des Facheux, qui est, dit-il, une des plus
que réflexion , et ne retourna plus au Cocu imaginaire.

» belles de celles de M. de Molière, le fàcheux chasseur qu'il
Molière ne fut pas heureux dans la seconde pièce qu'il fit

» introduit sur la scène est M. de Soyecourt; que ce fut le
paroître à Paris le 4 février 1661 : Don Garcie de Nararre,

» roi qui lui donna ce sujet en sortant de la première re-
ou le Prince jaloux, n'eut point de succès. Molière sentit,

» présentation de cette pièce, qui se donna chez M. Fou-
comme le public, le foible de sa pièce : aussi ne la fit-il pas

» quet. Sa majesté voyant passer M. de Soyecourt, dit à
imprimer; et on ne l'a ajoutée à ses ouvrages qu'après sa

» Molière : Voilà un grand original que vous n'avez point
mort.

» encore copié. » Je n'ai pu savoir absolument si ce fait
Ce peu de réussite releva ses ennemis ; ils espéroient est véritable ; mais j'ai été mieux informé que M. Ménage
qu'il tomberoit de lui-mèine , et que, comme presque de la manière dont cette belle scène du chasseur fut faite :
tous les auteurs comiques, il seroit bientôt épuisé : mais Molière n'y a aucune part que pour la versification ; car,
il n'en connut que mieux le goût du temps: il s'y accommoda

ne connoissant point la chasse , il s'excusa d'y travailler; de
entièrement dans l'École des Maris , qu'il donna le 21 juin sorte qu'une personne , que j'ai des raisons de ne pas pom-
1661. Cette pièce, qui est une de ses meilleures , confirma

mer, la lui dicta tout entière dans un jardin; et M. de
le public dans la bonne opinion qu'il avoit conçue de cet Molière l'ayant versifiée, en fit la plus belle scène de ses
excellent auteur. On ne douta plus que Molière ne fût en-Facheux, et le roi prit beaucoup de plaisir à la voir repré-
tièrement maitre du théâtre dans le genre qu'il avoit choisi; senler'.
ses envieux ne purent pourtant s'empêcher de parler mal

* Comment ose-t-on écrire que Molière n'a eu aucune part à
de son ouvrage. « Je ne vois pas , disoit un auteur contem-

cette scène, parce qu'il ignoroit les termes de la chasse? N'est-il

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