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L'École des Femmes parut en 1662, avec peu de succès ; donnoient pas dans l'occasion. Il attaque leur mauvais
les gens de spectacle furent partagés ; les femmes outragées, goût pour les ouvrages; il tåche d'ôter tout crédit au juge-
à ce qu'elles croyoient, débauchoient autant de beaux- ment qu'ils faisoient des siens.
esprits qu'elles le pouvoient pour juger de cette pièce comme Mais il s'attache surtout à tourner en ridicule une pièce
elles en jugeoient. Mais que trouvez-vous à redire d'essen- intitulée le Portrait du Peintre, que M. Boursault avoit
tiel à cette pièce ? disoit un connoisseur à un courtisan de faite contre lui, et à faire voir l'ignorance des comédiens
distinction. Ah, parbleu ! ce que j'y trouve à redire est de l'hôtel de Bourgogne dans la déclamation , en les con-
plaisant , s'écria l'homme de cour : Tarte à la crème, trefaisant tous si naturellement, qu'on les reconnoissoit
morbleu! tarte à la crème. Mais tarte à la crème n'est dans son jeu. 11 épargna le seul Floridor ». Il avoit très-
point un défaut, répondit le bon esprit, pour décrier une grande raison de charger sur leur mauvais goût. Ils ne
pièce comme vous le faites. Tarte à la crème est exécrable, savoient aucun principe de leur art ; ils ignoroient même
répondit le courtisan. Tarte à la crème , bon Dieu ! avec qu'il y en eût. Tout leur jeu ne consistoit que dans une
du sens commun peut-on soutenir une pièce où l'on a mis prononciation ampoulée et emphatique, avec laquelle ils
tarte à la crème ? Cetie expression se répétoit par écho récitoient également tous leurs rôles; on n'y reconnoissoit
parmi tous les petits esprits de la cour et de la ville, qui ne ni mouvements ni passions ; et cependant les Beauchâteau'.
se prètent jamais à rien , et qui, incapables de sentir le bon les Mondory?, étoient applaudis, parce qu'ils faisoient
d'un ouvrage , saisissent un trait foible pour attaquer un
auteur beaucoup au-dessus de leur portée. Molière, outré

'Floridor entra dans la troupe du Marais, en 1640. Il avoit
à son tour des mauvais jugements que l'on portoit sur sa beaucoup de noblesse dans l'air et dans les manières; il étoit
pièce, les ramassa, et en fit la Critique de l'École des fort aimé de la cour, et particulièrement du roi. De Visé a dit de
Femmes, qu'il donna en 1663. Cette pièce fit plaisir au lui : « Il paroit véritablement ce qu'il représente dans toutes
public : elle étoit du temps, et ingénieusement travailléer. » les pièces qu'il joue; tous les auditeurs souhaiteroient de le
L’Impromptu de Versailles , qui fut joué pour la pre-

» voir sans cesse, et sa démarche, son air, et ses actions, ont

« quelque chose de si naturel, qu'il n'est pas nécessaire qu'il
mière fois devant le roi le 14 d'octobre 1663, et à Paris le

parle pour attirer l'admiration de tout le monde. » (Critique
4 de novembre de la même année, n'est qn’une conversa-

de la tragédie de Sophonisbe.) La nature avoit encore accordé
tion satirique entre les comédiens, darıs laquelle Molière à cet excellent acteur une figure noble, une taille bien prise, un
se donne carrière contre les courtisans dont les caractères

son de voix qui, quoique måle, avoit quelque chose de pénétrant
Jui déplaisoient, contre les comédiens de l'hôtel de Bour- et d'affectueux : il joignoit à tous ces avantages beaucoup d'es-
gogne, et contre ses ennemis.

prit, et, ce qui est encore plus estimable, une probité et une
Molière, né avec des mæurs droites, Molière, dont les

conduite exemplaires. Josias de Soulas Floridor étoit né de

pa-

rents nobles, et avoit d'abord servi en qualité d'enseigne. (Les
manières étoient simples et naturelles, souffroit impatiem-

Fréres Parfait , tom. vii, pag. 221.) Une anecdote racontée
ment le courtisan empressé, flatteur, médisant, inquiet ,

par Boileau confirme tout ce qu'on vient de lire. Racine avoit
incommode, faus ami. Il se déchaine agréablement dans

confié à Floridor le rôle de Néron dans Britannicus; mais cet
son Impromptu contre ces messieurs-là, qui ne lui par- acteur éloit tellement aimé du public, que tout le monde souf-

froit de lui voir représenter Néron et de lui vouloir du mal, ce

qui nuisit au succès de la pièce. Racine, s'étant aperçu de ce
pas plus naturel de penser, d'après quelques Mémoires du

singulier effet du mérite de Floridor, confia le rôle à un autre
temps, que, le lendemain de l'ordre donné par Louis XIV,

acteur, et la pièce s'en trouva mieux. (Boléana, page 106.)
Molière alla chez M. de Soyecourt, el que, dans une conversa-
tion très-animée sur la chasse, il trouva le sujet de la scène des

• Beauchâteau étoit gentilhomme. Il n'a jamais rempli que les
Fáchcur ?

seconds rôles tragiques et comiques. Molière, dans l’Impromptu

de Versailles, contrefit la déclamation outrée de cet acteur en
· Brossette, dans ses notes sur la septième épitre de Boileau,

récitant les stances du Cid;
donne les noms de quelques-uns des détracteurs de l'École des
Femmes. C'est le duc de La Feuillade qui est désigné ici par le

Percé jusqu'au fond du cœur.
titre d'homme de cour, et qui ne pouvoit soutenir une pièce où

Le fils de Beauchâteau fut célèbre à huit ans. On recueillit ses
l'on avoit mis tarte à la crème. Ce mot éloit devenu proverbe. poésies sous le titre de Muse naissante du jeune Beaucháteau,
Les autres personnages désignés dans l'épitre de Boileau sont le 1637. Le poète Maynard orna ce recueil d'une préface. A onze
commandeur de Souvré et le comte de Broussin qui, pour faire ans Beauchâteau présenta son ouvrage à l'académie; à quatorze
sa cour au commandeur, sortit un jour au second acte de la co- ans il passa en Angleterre; il s'embarqua ensuite pour la Perse,
médie. L'auteur d'une Vic de Molière, écrite en 1724, dit que le et depuis on n'a pas eu de ses nouvelles. (Les Frères Parfait,
duc de La Feuillade, outré de se voir traduit sur la scène dans tom. ix, pag. 411.)
la Critique de l'École des Femmes, a s’avisa d'une vengeance

L'Impromptu de Versailles fut joué en 1663. Il ne peut
» indigne d'un honnête bomme. Un jour qu'il vit passer Molière donc être ici question de Mondory, mort en 1631 : c'est Mont-
» par un appartement où il étoit, il l'aborda avec les démons- fleury qu'il faut lire. Molière critiquale jeu et la déclamation de
» trations d'un homme qui vouloit lui faire caresse. Molière s'é- cet acteur, dans la scène première de l’Impromptu , critique
► tant incliné, il lui prit la lète, et, en lui disant : tarte à la que Montfleury ne pardonna pas, et dont son fils le vengea par
» créme, Molière, tarte à la crème, il lui frotta le visage contre une comédie intitulée : l'Impromptu de l'hôtel de Condé, où
► ses boutons,et lui mit le visage en sang. Le roi, qui vit Molière il contrefit à son tour Molière dans le rôle de César de la Mort
» le même jour, apprit la chose avec indignation, et le marqua de Pompée. Heureux s'il eînt borné là sa vengeance! mais la
» au duc, qui apprit à ses dépens combien Moliére étoit dans les haine l'aveugla au point qu'il se fit l'intérprète des plus infames
» bonnes graces de sa majesté. Je tiens ce fait d'une personne calomnies, et présenta à Louis XIV une requéte dans laquelle il
» contemporaine qui m'a assuré l'avoir vu de ses propres yeux.» accusoit Molière d'avoir épousé sa propre fille. Racine, très-
(Vie de Moliére, écrite en 1724.)

jeune encore, fut témoin de cette intrigne : « Montfleury, écrit-

!

pompeusement ronder un vers. Molière , qui connoissoit lui dit de revenir le trouver dans six mois. Pendant ce l'action par principes, étoit indigné d'un jeu si mal réglé, temps-là Molière fit le dessein des Frères ennemis '; mais et des applaudissements que le public ignorant lui donnoit. le jeune homme n'avoit point encore paru, et lorsque De sorte qu'il s'appliquoit à mettre ses acteurs dans le na- Molière en eut besoin , il ne savoit où le prendre; il dit à turel; et avant lui, pour le comique, et avant M. Baron, ses comédiens de le lui déterrer à quelque prix que ce fùt. qu'il forma dans le sérieux , le jeu des comédiens étoit pi- Ils le trouvèrent. Molière lui donna son projet, et le pria toyable pour les personnes qui avoient le goût délicat ; et de lui en apporter un acte par semaine, s'il étoit possible. nous nous apercevons malheureusement que la plupart de Le jeune auteur, ardent et de bonne volonté, répondit à ceux qui représentent aujourd'hui, destitués d'étude qui l'empressement de Molière; mais celui-ci remarqua qu'il les soutienne dans la connoissance des principes de leur avoit pris presque tout son travail dans la Thébaide de art, commencent à perdre ceux que Molière avoit établis Rotrou ?. On lui fit entendre qu'il n'y avoit point d'hondans sa troupe'.

neur à remplir son ouvrage de celui d'autrui ; que la pièce La différence de jeu avoit fait naitre de la jalousie entre de Rotrou étoit assez récente pour étre encore dans les deux troupes. On alloit à celle de l'hôtel de Bourgogne; la mémoire des spectateurs; et qu'avec les heureuses les auteurs tragiques y portoient presque tous leurs ouvra- | dispositions qu'il avoit, il falloit qu'il se fit honneur de son ges : Molière en étoit faché. De manière qu'ayant su qu'ils premier ouvrage, pour disposer favorablement le public à devoient représenter une pièce nouvelle dans deux mois, en recevoir de meilleurs. Mais comme le temps pressoit, il se mit en tète d'en avoir une préte pour ce temps-là, afin Molière l'aida à changer ce qu'il avoit emprunté, et à de figurer aveư l'ancienne troupe. Il se souvint qu'un an achever la pièce, qui fut prète dans le temps, et qui fut auparavant un jeune homme lui avoit apporté une pièce d'autant plus applaudie que le public se prêta à la jeunesse intitulée Théagène et Chariclée, qui à la vérité ne valoit de M. Racine , qui fut animé par les applaudissements, et rien, mais qui lui avoit fait voir que ce jeune homme en par le présent que Molière lui fit. Cependant ils ne furent travaillant pouvoit devenir un excellent auteur. Il ne le re- pas long-temps en bonne intelligence, s'il est vrai que ce buta point; mais il l'exhorta à se perfectionner dans la soit celui-ci qui ait fait la critique de l’Andromaque, comme poésie avant que de hasarder ses ouvrages au public, et il M. Racine le croyoit ; il estimoit cet ouvrage comme un

des meilleurs de l'auteur; mais Molière n'eut point de part » il à M. Le Vasseur, a fait une requête contre olière, et l'a à cette critique; elle est de M. de Subligny".

donnée au roi : il l'accuse d'avoir épousé la fille, et d'avoir Le roi connoissant le mérite de Molière, et l'attachement • vécu autresois avec la mère; mais Montfleury n'est point particulier qu'il avoit pour divertir sa majesté, daigna

écouté à la cour. » Molière ne daigna point répondre à cette l'honorer d'une pension de mille livres. On voit dans ses attaque, et l'on doit peut-être le blåmer de ce silence , puisque ouvrages le remerciement qu'il en fit au roi. Ce bienfait ce n'est que dans notre siècle qu'il a trouvé un noble défenseur,

rassura Molière dans son travail; il crut après cela qu'il M. Beffara, qui, les pièces du procès à la main, est venu porter la lumière dans ce dédale de bassesse et de lacheté. M. Beffara pouvoit penser favorablement de ses ouvrages , et il forma a mérité la reconnoissance de tous les honnetes gens; car non le dessein de travailler sur de plus grands caractères, et de seulement il a honoré la mémoire de Molière, en faisant briller suivre le goût de Térence un peu plus qu'il n'avoit fait : il la vérité, mais il a puni les calomniateurs en effaçant leurs ca- se livra avec plus de fermeté aux courtisans et aux savants, lompies.

qui le recherchoient avec empressement : on croyoit trouIci les dates sont précieuses, et l'on peut dire que leur rappro- ver un homme aussi égayé, aussi juste dans la conversation chement est comme un trait de lumière qui nous montre la qu'il l'étoit dans ses pièces, et l'on avoit la salisfaction de grande ame de Louis XIV. La requête dans laquelle Montfleury trouver dans son commerce encore plus de solidité que accusoit Molière d'avoir épousé sa fille fut présentée à la fin de décembre 1663; et le 28 février 1664. c'est-à-dire deux mois

dans ses ouvrages; et ce qu'il y avoit de plus agréable pour après celte requète, le roi de France lenoit sur les fonts de baptème, avec madame Henriette d'Angleterre, le premier enfant On a ouï dire souvent à M. le président Montesquieu, d'ade Molière, et lui donnoit le nom de Louis. C'est ainsi que près une ancienne tradition de Bordeaux, que Molière, encore Louis XIV répondit toujours aux ennemis de Molière. Toutes les comédien de campagne, avoit fait représenter dans celte ville calomnies dont on vouloit accabler ce grand poète étoient aussi- une tragédie de sa facon, qui avoit pour titre la Thébaide, mais tôt consolées par un bienfait.

que le peu de succès qu'elle obtint le détourna du genre tragiCe Montfleury, qui croyoit se venger de Molière en se désho- que. C'est sans doute le plan de cette pièce que Molière donna à norant, avoit l'orgueil de se croire son rival. Son théâtre a été Racine (B.) imprimé avec celui de son fils, auteur de la Femme juge et * Rotrou n'a point fait de Thébaide: il est auteur d’Antigone, partie , qui partagea un moment avec le Tartuffe la faveur du pièce à laquelle Racine fit en effet quelques emprunts. La public. On dit que Montfleury se rompit une veine en jouant Grange-Chancel disoit avoir entendu dire à des amis particuOreste dans Andromaque; c'est une erreur : il mourut de la liers de Racine , que, pressé par le peu de temps que lui avoit fièvre, il est vrai, peu de jours après avoir joué ce rôle. Mont- donné Molière pour composer cette pièce, it y avoit fait entrer, fleury éloit gentilhomme , et il avoit élé page du duc de Grise. sans presque aucun changement, deux récits entiers tirés de Chapuzeau le cite comme un excellent comédien. (Voyez Cha- l’Antigone de Rotrou, jouée en 1638. Ces morceaux disparupuseau, liv, m. pages 177 et 178; les Frères Parfait, lom. VII, rent dans l'impression de la Thebaide, jouée en 1664. Voilà à pag. 129 el 150, et les Mámoires de Louis Racine, pag. 38.) quoi il faut réduire tout ce que dit ici Grimarest.

"Ceci est un trait lancé contre Beaubourg qui avoit remplacé * Avocat , faisant des parodies, des romans, et d'autres niaiBaron, et dont le jeu étoit outré. Ce passage est une nouvelle series oubliées. Il s'associoit avec le père du président Hénault preuve que Grimarest a travaillé d'après les Mémoires de Baron, pour dénigrer Racine, et finit par evenir le panegyriste du alors retiré du théâtre, mais qui y remonta en 1720.

grand poète dont il avoit élé le zoile. (DESP.)

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ses amis, c'est qu'il étoit d'une droiture de cæur inviola- Celle-ci ne fut pas plutôt madame de Molière, qu'elle ble, et d'une justesse d'esprit peu commune.

crut étre au rang d'une duchesse ; et elle ne se fut pas On ne pouvoit souhaiter une situation plus heureuse que donnée en spectacle à la comédie, que le courtisan désoccelle où il étoit à la cour et à Paris depuis quelques années. | cupé lui en conta. Il est bien difficile à une comédienne, Cependant il avoit cru que son bonheur seroit plus vif et belle et soigneuse de sa personne, d'observer si bien sa plus sensible s'il le partageoit avec une femme; il voulut conduite, que l'on ne puisse l'attaquer. Qu'une comédienne remplir la passion que les charmes naissants de la fille de rende à un grand seigneur les devoirs qui lui sont dus, il Ja Béjart' avoient nourrie dans son cæur à mesure qu'elle n'y a point de miséricorde, c'est son amant. Molière s’iavoit crů. Cette jeune fille avoit tous les agréments qui magina que toute la cour, toute la ville en vouloit à son peuvent engager un homme, et tout l'esprit nécessaire épouse. Elle négligea de l'en désabuser ; au contraire les pour le fixer. Molière avoit passé, des amusements que soins extraordinaires qu'elle prenoit de sa parure, à ce l'on se fait avec un enfant, à l'amour le plus violent qu'une qu'il lui sembloit , pour tout autre que pour lui, qui ne maitresse puisse inspirer; mais il savoit que la mère avoit demandoit point taut d'arrangement, ne firent qo'augmend'autres vues qu'il auroit de la peine à déranger. C'étoit ter sa jalousie. Il avoit beau représenter à sa femme la maune femme altière et peu raisonnable lorsqu'on n'adhéroit nière dont elle devoit se conduire pour passer heureusement pas à ses sentiments ; elle aimoit mieus ètre l'amie de Mo- la vie ensemble, elle ne profitoit point de ses leçons, qui lière que sa belle-mère : ainsi, il auroit tout gâté de lui lui paroissoient trop sévères pour une jeune personne, qui déclarer le dessein qu'il avoit d'épouser sa fille. Il prit le d'ailleurs n'avoit rien à se reprocher. Ainsi, Molière, après parli de le faire sans en rien dire à cette femme; mais avoir essuyé beaucoup de froideurs et de dissensions docomme elle l'observoit de fort près, il ne put consommer mestiques , fit son possible pour se renfermer dans son son mariage pendant plus de nenf mois : c'eût été risquer travail et dans ses amis, sans se mettre en peine de la conun éclat qu'il vouloit éviter sur toutes choses, d'autant duite de sa femme. plus que la Béjart, qui le soupçonnoit de quelque dessein A cette époque il donna successivement la Princesse d'Ésur sa fille, le menaçoit souvent en femme furieuse et ex- lide, le Mariage forcé, le Festin de Pierre , qui lui attira travagante de le perdre, lui, sa fille , et elle-même, si ja- une critique très-violente", mais qui ne put nuire ni à sa mais il pensoit à l'épouser '. Cependant la jeune fille ne réputation ni à ses succès. s'accommodoit point de l'emportement de sa mère, qui la tourmentoit continuellement, et qui lui faisoit essuyer tous >> parler et dans son maintien, mais elle a grace à tout cela, et les désagréments qu'elle pouvoit inventer; de sorte que » ses manières ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cette jeune personne, plus lasse, peut-être, d'attendre le » caurs. Enfin son esprit est du plus fin et du plus délicat; sa plaisir d'être femme, que de souffrir les duretés de sa » conversation est charmante, et si elle est capricieuse autant mère, se détermina un matin de s’aller jeter dans l'appar

» que personne du monde, tout sied bien aux belles, on souffre tement de Molière , fortement résolue de n'en point sortir

» tout des belles. » (Bourgeois Gentilhomme, acte III, scèneix.)

Élève de Molière, elle devint une excellente actrice : sa voix qu'il ne l'eût reconnue pour sa femme, ce qu'il fut con

étoit si touchante, qu'on eût dit, suivant un contemporain, traint de faire. Mais cet éclaircissement causa un va

qu'elle avoit véritablement dans le creur la passion qui n'étoit que carme terrible; la mère donna des marques de fureur et de dans sa bouche. Le même auteur Irace ainsi son portrait et celui désespoir comme si Molière avoit épousé sa rivale, ou de La Grange. « Remarquez, dit-il, que la Molière et La Grange comme si sa fille fût tombée entre les mains d'un malheu- » font voir beaucoup de jugement dans leur récit, et que leur reux. Néanmoins, il falut bien s'apaiser; il n'y avoit point

jeu continue encore, lors même que leur rôle est fini. Ils ne de remède, et la raison sit entendre à la Béjart que le plus

» sont jamais inutiles sur le théâtre : ils jouent presque aussi grand bonheur qui pùt arriver à sa fille étoit d'avoir

> bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards

» ne sont pas dissipés; leurs yeux ne parcourent pas les loges. épousé Molière, qui perdit par ce mariage tout l'agrément

» Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils que son mérite et sa fortune pouvoient lui procurer, s'il v agissent comme s'ils ne voyoient que ceux qui ont part à leur ayoit été assez philosophe pour se passer d'une femme 3. » action; ils sont propres et magnifiques sans rien faire paroilre

» d'affecté. Ils ont soin de leur parure, et ils n'y pensent plus Nous avons déja dit qu'Armande Béjart (femme de Molière)

» dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à étoit la sæur et non la fille de Madeleine Béjart. (Voyez la Dis

► ses chevcux, si elle raccommode ses noeuds et ses pierreries, sertation sur Poquelin de Molière, par M. Beffara.)

» ces petites façons cachent une salire judicieuse et naturelle.

» Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer; Les emportements de Madeleine Béjart sont vraisemblables;

» mais enfin, avec tous ces avantages, elle ne plairoit pas tant mais le mariage de Molière ne fut point secret , et Madeleine

> si sa voix étoit moins touchante; elle en est si persuadée elleBéjart y assista en sa qualité de scur, comme le prouve le con

» même, que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons trat rapporté dans la dissertation déja citée.

» qu'elle a de rôles différents. » (Entretiens galants, Paris, Ri* Cette femme, qui inspira une si forte passion à Molière, et bou, 1681, tome II, page 91.) Grandval, le père, disoit de madame qui le rendit si malheureux, n'avoit pas une beauté régulière : Molière qu'elle jouoit à merveille les rôles que son mari avoit voici le portrait que Molière en a fait lui-même à une époque où faits pour elle, et ceux des femmes coquettes el satiriques, et elle lui avoit déja causé beaucoup de chagrins. « Elle a les yeux que, sans être belle, elle étoit piquante et capable d'inspirer une » petits, mais elle les a pleins de feu; les plus brillants, les plus grande passion. (Cizeron Rival, page 15, et les Frères Para » percants du monde ; les plus touchants qu'on puisse voir. Elle fail.) » a la bouche grande, mais on y voit des graces qu'on ne voit Cette critique portoit le titre d'Observations sur le Festin p-point aux autres bouches. Sa taille n'est pas grande, mais elle de Pierre , par le sieur de Rochemont. On y voit que Molière est aisée et bien prise. Elle affecle une nonchalance daus son est vraiment diabolique, que diabolique est son cerveau, el que

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Ce fut au mois d'août 1665 que le roi jugea à propos de Molière, de son côté, n'épargnoit ni soins ni veilles pour fixer la troupe de Molière tout-à-fait à son service, en lui soutenir et augmenter la réputation qu'il s'étoit acquise, et donnant une pension de sept mille livres '. Elle prit alors pour répondre aux bontés que le roi avoit pour lui. Il le titre de troupe du roi , qu'elle a toujours conservé de consultoit ses amis; il examinoit avec attention ce qu'il puis; et elle étoit de toutes les fêtes qui se faisoient partout travailloit ; on sait même que lorsqu'il vouloit que où étoit sa majesté ".

quelque scène prit le peuple des specta:eurs, comme les

autres, il la lisoit à sa servante pour voir si elle en seroit c'est un diableincarné. L'auteur termine en menaçant du déluge,

touchée. Cependant il ne saisissoit pas toujours le public de la peste, et de la famine, si la sagesse de Louis XIV ne mel un d'abord; il l'éprouva dans son Avare. A peine fut-il repréfrein à l'impiété de Molière. Enfin on sent partout que cette bro-senté sept fois. La prose dérouta les spectateurs », « Comchure a été inspirée par la crainte du Tartuffe, déja célèbre et deja » ment! disoit M. le duc de.... Molière est-il fou, et nous persécuté, quoique non représenté. Chose remarquable! ce li

» prend-il pour des benèts, de nous faire essuyer cinq belle est imprimé avec permission du lieutenant civil; ce qui prouve que le sieur de Rochemont étoit appuyé par des person

» actes de prose? A-t-on jamais vu plus d'extravagance? nes puissantes.

» Le moyen d'être diverti par de la prose! » Mais Molière

fut bien vengé de ce public injuste et ignorant quelques - La pension étoit de 7,000 f. pour la troupe, et de 1,000 fr. pour Molière. L'époque où elle fut donnée est digne de remar

années après : il donna son Avare pour la seconde fois le que. Le Festin de Pierre venoit d'exciter les plus étranges ré

9 septembre 1668. On y courut en foule, et il fut joué clamations. Le libelliste Rochemond avoit appelé la colère du presque toute l'année : tant il est vrai que le public goûte roi sur cet ouvrage; intéressant la religion dans cette querelle, rarement les bonnes choses quand il est dépaysé! Cinq actes il réclamoit les plus terribles punitions contre l'auteur qu'il trai- de prose l'avoient révolté la première fois ; mais la lecture toit d'impie. Louis XIV répondit en comblant Molière de ses

et la réflexion l'avoient ramené , et il alla voir avec empresbienfaits.

sement une pièce qu'il avoit d'abord méprisée. Quoique comédien, Molière faisoit toujours auprès du roi Quoique la troupe de Molière fût suivie, elle ne laissa son service de valet-de-chambre. Cette double fonction fut cause de plusieurs aventures que nous allons rapporter. Un jour, s'é

pas de languir pendant quelque temps par le retour de

Scaramouche 3. Ce comédien, après avoir gagné une tant présenté pour faire le lit du roi, un autre valet-de-chambre qui devoit le faire avec lui, se retira brusquement, en disant qu'il n'avoit point de service à partager avec un comédien. Bel- » prince, qui a de la grandeur, sait venger le génie de la sottise, locq, homme d'esprit et qui faisoit de jolis vers, s'approcha dans » et le récompenser de ses travaux. » le moment, et dit : « Monsieur de Molière, voulez-vous bien que Elle se nommoit Laforêt. Boileau lui a donné une espèce ► j'aie l'honneur de faire le lit du roi avec vous? » Louis XIV, d'immortalité dans le passage suivant : « On dit que Malherbo instruit de l'affront qu'on avoit voulu faire à Molière, en parut » consultoit sur ses vers jusqu'à l'oreille de sa servante; et je fort mécontent. (Molierana , page 38.) Voici une anecdote du » me souviens que Molière m'a montré aussi plusieurs fois une même genre, que le père de madame Campan tenoit d'un vieux » vieille servante, qu'il avoit chez lui, et à qui il lisoit, disoit-il, médecin ordinaire de Louis XIV. « Ce niédecin se nommoit La- » quelquefois ses comédies; et il m'assuroit que lorsque des en» fosse : c'étoit un homme d'honneur, et incapable d'inventer ► droits de plaisanterie ne l'avoit point frappée, il les corrigeoit, • cette histoire. Il disoit donc que Louis XIV ayant su que les » parce qu'il avoit plusieurs fois éprouvé sur sou théâtre que ces » officiers de sa chambre témoignoient par des dédains offen- » endroits n'y réussissoient point. » (Boileau , Réflexions cri1 sants combien ils étoient blessés de manger à la table du con- tiques, p. 182, t. Il des Euvres, édilion de Lefèvre.) « Un

trôleur de la bouche avec Molière, valet-de-chambre du roi, jour Molière, pour éprouver le goût de cette servante, lui lut » parce qu'il jouoit la comédie, cet homme célèbre s'abstenoit » quelques scènes d'une pièce de Brécourt. Laforêt ne prit point ► de manger à cette table. Louis XIV, voulant faire cesser des ou- » le change, et, après avoir our quelques mots, elle soutint que » trages qui ne devoient pas s'adresser à l'un des plus grands genies » son maitre n'avoit point fait cet ouvrage. » (BROSS.) ► de son siècle, dit un matin à Molière, à l'heure de son petit le- * Cette anecdote est douteuse. Il paroit, d'après le registre de

ver: On dit que vous faites maigre chère ici, Molière, et que la Comédie françoise, que l'Avare ne fut pas représenté avant

les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour man- le 9 seplembre 1668. Il eut alors neuf représentations, et onze > ger avec eux. Vous avez peut-être faim, moi-même je m'éveille deux mois après. Ces premières représentations, il est vrai, fu, a avec un très-bon appétit; mettez-vous à cette table, et qu'on rent presque désertes; mais Boileau s'y montroit fort assidu , et » me serve mon en cas de nuit. (Tous les services de prévoyance soulenoit que la pièce étoit excellente. Racine, irrité contre Mo» s'appeloient des en cas.) Alors le roi coupant sa volaille, el lière (il le croyoit auteur d'une satire contre Andromaque ,

ayant ordonné à Molière de s'asseoir, lui sert une aile, en dont l'auteur véritable étoit Subligny), dit un jour à Boileau : Je prend en même temps une pour lui, et ordonne que l'on intro- vous vis dernièrement à l'Avare, et vous riiez tout seul sur le

duise les entrées familières qui se composoient des personnes théâtre. — Je vous estime trop, répondit Boileau, pour croire » les plus marquantes et les plus favorisées de la cour. Vous me que vous n'y ayez pas ri du moins intérieurement. (Voyez le • voyez, leur dit le roi, occupé à faire manger Molière, que Boléana; page 104.) » mes valets-de-chambre ne trouvent pas assez bonne compa- "C'est entre le mois de mars et d'octobre 1670 que le public * guie pour eux. De ce moment, Molière n'eut plus besoin de se déserta le théâtre de Molière pour suivre Scaramouche. La longue » présenter à celte table de service, toute la cour s'empressa de absence de cet acteur, qui resta en Italie depuis 1667 jusqu'au » lui faire des invitations. » (Mémoires de madame Campan, commencement de 1670, explique l'empressement du public. 1. II, p.8.) La réflexion de l'éditeur de ces Mémoires, M. Barrière, Le Bourgeois gentilhomme et la tragédie de Tite et Bérénice mérite également de trouver place ici, « Cette anecdote, dit- de Corneille, jouée le 28 novembre 1670, et dans laquelle Baron

il, est peut-être une de celles qui honcrent le plus le carac- fit sa rentrée, ramenèrent la foule au théâtre Molière. Scaratère et la vie de Louis XIV. On est touché de voir ce roi su- monche éloit un Napolitain appelé Tiberio Fiorelli. Il excelloi! » perbe accueillant, dans le comédien Molière, l'immortel au- dans la pantomime; et le trail suivant, rapporté par Gherardi ,

leur du Misanthrope et du Tarlulle. Voilà par quel trait un peut donner une idée de son merveilleux talent : « Dans une

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somme assez considérable pour se faire dix ou douze mille | ramouche : la troupe de Molière fut négligée pendant tout livres de rente, qu'il avoit placées à Florence, lieu de sa ce temps-là ; elle ne gagnoit rien, et les comédiens étoient naissance, fit dessein d'aller s'y établir. Il commença par préts à se révolter contre leur chef) Ils n'avoient point eny envoyer sa femme et ses enfants; et, quelque temps après, core Baron pour rappeler le public, et l'on ne parloit point il demanda au roi la permission de se retirer en son pays. de son retour. Enfin, ces comédiens injustes murmuroient Sa majesté voulut bien la lui accorder ; mais elle lui dit en hautement contre Molière, et lui reprochoient qu'il laismême temps qu'il ne falloit pas espérer de retour. Scara- soit languir leur théâtre. « Pourquoi, lui disoient-ils, ne mouche, qui ne comptoit pas de revenir, ne fit aucune at- » faites-vous pas des ouvrages qui nous soutiennent? Fauttention à ce que le roi lui avoit dit : il avoit de quoi se passer » il que ces farceurs d'Italiens nous enlèvent tout Paris ? » du théâtre. Il part; mais il trouva chez lui une femme et En un mot, la troupe étoit un peu dérangée, et chacun des enfants rebelles, qui le reçurent non-seulement comme des acteurs méditoit de prendre son parti. Molière étoit un étranger, mais encore qui le maltraitèrent. Il fut battu lui-même embarrassé comment il les ramèneroit; et à la plusieurs fois par sa femme, aidée de ses enfants , qui ne fin, fatigué des discours de ses comédiens, il dit à la Duvouloient point partager avec lui la jouissance du bien qu'il parc et à la Béjart, qui le tourmentoient le plus, qu'il ne avoit gagné; et ce mauvais traitement alla si loin , qu'il ne savoit qu'un moyen pour l'emporter sur Scaramouche, et put y résister ; de manière qu'il fit solliciter fortement son de gagner de l'argent : que c'étoit d'aller bien loin pour retour en France , pour se délivrer de la triste situation où quelque temps, pour s'en revenir comme ce comédien ; il étoit en Italie. Le roi eut la bonté de lui permettre de mais il ajouta qu'il n'étoit ni en son pouvoir, ni dans ses revenir. Paris l'avoit trouvé fort à redire, et son retour desseins, d'employer ce moyen, qui étoit trop long, mais réjouit toute la ville. On alla avec empressement à la co- qu'elles étoient les maitresses de s'en servir. Après s’ètre ainsi médie italienne pendant plus de six mois, pour revoir Sca- moqué d'elles, il leur dit sérieusement que Scaramouche ne

seroit pas toujours couru avec ce même empressement'; ► scène de Colombine, avocat pour et contre, Scaramouche, » après avoir arrangé tout ce qu'il y a dans sa chambre, prend · Voici ce que raconte un autrur contemporain de l'estime ► sa guitare, s'assied dans un fauteuil, et joue en attendant l'ar- que Molière saisoit des acteurs italiens, des soupers où ils se » rivée de son maitre. Pascariel vient tout doucement derrière trouvoient réunis, et des conversations favorites de ces aimables » lui, et bat la mesure par dessus ses épaules. C'est ici que cet et joyeux convives. « Molière, dit-il, ce grand comédien, et

incomparable acteur, modèle des plus illustres comédiens de » mille fois encore plus grand auteur, vivoit d'une étroite famiv son siècle, qui avoient appris de lui l'art si difficile de remuer liarité avec les Italiens, parce qu'ils étoient buns acteurs et » les passions et de savoir les bien peindre sur leur visage, c'est » fort honnêtes gens : il y en avoit toujours deux ou trois des vici, dis-je, qu'il faisoit påmer de rire pendant un gros quart » meilleurs à nos soupers. Molière en étoit souvent aussi, mais » d'heure dans une scène d'épouvante où il ne proféroit pas un » non pas aussi souvent que nous le souhaitions, et mademoi» seul mot.... » Cet exemple suffit pour appuyer ce que dit Mez- selle Molière encore moins souvent que lui; mais nous avions zetin de l'étude que Molière avoit faite du jeu de ce grand ac- » toujours fort régulièrement plusieurs virtuosi, et ces virtuosi teur, « La nature, dit-il, avoit doué Scaramouche d'un talent étoient les gens de Paris les plus initiés dans les anciens mys» merveilleux, qui étoit de figurer par les postures de son » tères de la comédie francoise, les plus savants dans ses annales, » corps et par les grimaces de son visage tout ce qu'il vouloil, et » et qui avoient fouillé le plus avant dans les archives de l'hôtel » cela d'une manière si originale, que le célèbre Molière, après » de Bourgogne et du Marais. Ils nous entretenoient des vicux » l'avoir étudié long-temps, avoua ingénument qu'il lui devoit comiques de Turlupin, Gauthier-Garguille, Gargibus, Cri► toute la beauté de son action. » (Vie de Scaramouche , par ► vello, Spinette, du docteur, du capitan Jodelet , Gros-René, Mezzetin, page 188.) Voici un autre passage tiré du Ménagiana. Crispin. Ce dernier florissoit plus que jamais; c'étoit le nom de « Scaramouche, y est-il dit, étoit le plus parfait pantomime que » theatre ordinaire sous lequel le fameux Poisson brilloit tant à » nous ayons vu de nos jours. Molière, original francois, n'a ja- » l'hôlel de Bourgogne. Quoique Molière eût en lui un redouta» mais perdu une représentation de cet original italien. » (Me- » ble rival, il étoit trop au-dessus de la basse jalousie pour n'enmagiana , tome 11, page 404.) Enfin nous citerons encore ces » tendre pas volontiers les louanges qu'on lui donnoit; et il me paroles de Palaprat : « Qui nous racontera les merveilles de l'i. » semble fort, sans oser pourtant l'assurer après quarante ans,

nimitable Dominico; les charmes de la nature jouant elle-même » d'avoir oui dire à Molière en parlant avec Dominico (c'est le » à visage découvert sous les traits de Scaramouche? » ( Preface » célèbre arlequin, père de mademoiselle de La Thorillière, ce des (Euvres de Palaprat, page 40.) Les études de Molière sur le » lèbre elle-mème sous le nom de Colombine) de Poisson, qu'il jeu de Scaramouche lui ont été reprochées par ses ennemis, qui, » auroit donné toute chose au monde pour avoir le naturel de ne pouvant nier la perfection de son talent, faisoient tous leurs » ce grand comédien. C'est dans ces soupers que j'appris une efforts pour lui en ôter le mérite, « Voulez-vous, disoit l'un » espèce de suite chronologique de comiques, jusqu'aux Sgana► d'eux, tout de bon jouer Molière, il faut dépeindre un homme » relles qui ont été le personnage favori de Molière, quand il ne » qui ait dans son habillement quelque chose d'arlequin, de » s'est pas jeté dans les grands rôles à manteau, et dans le no» Scaramouche, du docteur, et de Trivelin ; que Scaramouche » ble ei haut comique de l'Ecole des Femmes, des Femmes ► lui vienne redemander sa démarche, sa barbe, et ses grima- savantes, du Tartuffe, de l' Avare , du Misanthrope, etc, ) » ces; et que les autres viennent en même temps demander ce Ce passage est précieux, mais que de regrets il fait naitre, lors» qu'il prend d'eux dans son jeu et dans ses habits. Dans une au- qu'on songe à toutes les choses que l'auteur ne fait qu'indiquer! » tre scène on pourroit faire venir tous les auteurs et tous les Il étoit temps encore d'écrire la vie de Molière, et le simple ré» vieux bouquins où il a pris ce qu'il y a de plus beau dans ses cit d'un de ses soupers feroit aujourd'hui plus d'honneur à cet » pièces. On pourroit aussi faire paroître tous les gens de qua- écrivain que ne lui en a fait le Concert ridicule, le Ballet ex» lité qui lui ont donné des Mémoires et tous ceux qu'il a copiés. » travagant , le Secret révélé, la Prude du temps, et toutes ses (Voyez Zelinde, comédie, scène viii, page 90, un volume in-12, poésies diverses. (Voyez la Preface de Palaprat à la tête de ses imprimé en 1663.)

(Euvres , page 30.)

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