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Remi Belleau, qui s'inspira de la nature, et dans ses

Remi Bergeries” et ses “ Pierres Précieuses

Belleau. fut un poète descriptif de talent. Ses amis de la Pléiade l'avaient nommé le gentil Belleau.

Le principal ouvrage d'Antoine de Baïf est les “Mimes,” mais cet auteur est principalement connu

Antoine de par la tentative qu'il fit d’écrire des vers

Baif. français sur le système métrique ancien qui est basé sur la quantité. Il voulut donner plus d'harmonie au vers, mais chercha ce rythme dans la versification de l'antiquité, au lieu de le prendre dans l'essence même de la prosodie française, comme le fit de notre siècle l'école de Victor Hugo. Baïf voulut aussi réformer l'orthographe et, n'étant pas satisfait du vers alexandrin, il imagina d’écrire des vers de quinze pieds. Ses poèmes, toutefois, de quelque genre qu'ils soient, sont durs et incorrects.

Jodelle, dont nous parlerons plus loin comme auteur dramatique, a écrit un grand nombre de vers

et eût pu être un poète distingué s'il Jodelle.

s'était appliqué au travail. Il écrit avec verve et avec une facilité extraordinaire. Pontus de Thyard et Dorat sont les derniers membres

Pontus de de la Pléiade qu'il nous reste à mentionThyard et ner.

Ils n'eurent ni l'un ni l'autre de Dorat. talent poétique, mais Dorat fut le maître de Ronsard et sut inspirer à celui-ci et à ses amis cet enthousiasme pour les chefs-d'œuvre de l'antiquité qui causa une révolution dans la poésie française.

Nous avons nommé les poètes qui composaient la Pléiade: Ronsard, Joachim Du Bellay, Remi Belleau, Baïf, Jodelle, Ponthus de Thyard et Dorat, voyons maintenant quel fut le résultat de cette école poétique. La muse de Ronsard n'a pas entièrement parlé grec et latin; il tâcha de former Influence une langue poétique et se servit beau- de l'école coup de l'inversion. Il fit aussi usage de de Ronsard. l'adjectif employé adverbialement et créa des épithètes composées, telles que Bacchus porte-lance, vent rase-terre. Il voulut enrichir la langue et conseilla de prendre des mots nouveaux dans les anciens dialectes de la langue d'oïl. On ne peut nier qu'après Ronsard la langue française ne soit plus énergique et plus correcte qu'au temps de Marot.

Ronsard modifie le rythme poétique et introduit dans la poésie la mythologie des anciens. Il veut aussi, avec Joachim Du Bellay, que l'on ait en français tous les genres poétiques du grec et du latin. Le but que se proposèrent les poètes de la Pléiade était certainement louable, le génie leur manqua pour l'atteindre, mais, néanmoins, comme l'avons dit, ils préparèrent la voie pour Malherbe et le XVIIe siècle.

L'impulsion donnée à la poésie par Ronsard fut telle qu'il y eut un nombre infini de poètes dans la seconde moitié du XVIe siècle. tionnons Jacques Tahureau, poète anac- Disciples réontique; Jean de la Péruse; Amadis de Ronsard. Jamyn, auteur du “Poème de la chasse” dédié à Charles IX; Jean de la Taille, poète délicat et gracieux dans ses blasons et ses chansons d'amour, énergique dans son “Courtisan Retiré," et Jacques de la Taille, mort à l'aurore de son talent.

Ronsard, le poète catholique, qui tire son inspiration de la mythologie païenne, a pour rival du Bartas le huguenot, qui s'inspire de la Bible. "Jeanne

nous

Men- Quelques

d'Albret, elle-même, donne à du Bartas Judith pour

sujet d'un poème, et calvinistes et proDu Bartas.

testants admirent la "Semaine," où sont déerites les merveilles de la création,

Ce poème biblique eut une immense popularité et inspira Milton, Byron, et Thomas Moore. Goethe aussi l'admira, et l’æuvre est en quelque sorte digne de l'admiration qu'elle excita; elle a de la grandeur, mais elle est mal écrite, et les belles idées, sans le style, courent grand risque d'être oubliées. Calviniste comme du Bartas, d’Aubigné a produit une cuvre inégale, mais forte, énergique, les “Tragiques.” On sent la colère, la haine, le fanatisme, le patriotisme, dans ce tableau sanglant des terribles guerres de religion du xvi° siècle.

Desportes est peut-être le plus élégant des disciples de Ronsard. Favori des rois, il est poète courti

san, et met au service de ses maîtres sa Desportes

plume gracieuse, correcte, éloquente paret Bertaut.

fois. Son ami Bertaut a un talent du même genre, et grâce à Boileau, Desportes et Bertaut seront toujours nommés ensemble:

Ce poète orgueilleux (Ronsard) trébuché de si haut,

Rendit plus retenus Desportes et Bertaut." Jean Vauquelin de la Fresnay écrivit les “ Foresteries,” les “ Idylles,” où il entre un peu de mièvrerie, Jean Vau.

des “Satires," où il s'inspire d'Horace et quelin de parle du devoir avec conviction, des son

la Fresnay. nets, souvent sérieux et patriotiques, enfin un“ Art Poétique.” Déjà Sibilet avait écrit, du temps de Marot, un art poétique qui résume, pour ainsi dire, les préceptes de l'école de Marot. Sibilet fut vite oublié, dès que parut Ronsard, et Boileau fit oublier Vauquelin, dont l'ouvre, quoique trop diffuse, ne manque pas de mérite, au point de vue du goût.

Mentionnons encore Jean Le Houx, dont les Vaux de Vire font avec entrain l'éloge de la dive bouteille, et nous rappellent le foulon du Jean Le moyen âge, Olivier Basselin; nommons Houx. Pibrac, auteur de quatrains moraux estimés, et terminons la liste des poètes du xvie siècle par Régnier.

Mathurin Régnier naquit à Chartres en 1573. Il était neveu de Desportes et fut destiné à la prêtrise. Il suivit le cardinal de Joyeuse à Rome,

Régnier. puis fut de l'ambassade à la même ville du comte de Béthune. Il obtint le canonicat de Chartres en 1609 et mourut en 1613, épuisé par la vie déréglée qu'il avait menée. Les satires de Régnier sont écrites avec vigueur et témoignent d'une parfaite connaissance du caur humain. Le style est parfois incorrect, mais les portraits sont frappants de vérité. On admire surtout la treizième satire, “Macette," où le poète décrit le rôle honteux de la fausse dévote qui corrompt la jeunesse. Macette nous rappelle Faux-Semblant et Tartuffe. Régnier est bien du xvIe siècle, quoique contemporain de Malherbe. Il défend avec éloquence l'école de Ronsard et l'on peut le considérer le dernier disciple de la Pléiade. Si la débauche ne l'eût emporté si tốt il eût pu être un poète de génie; s'il n'a pas l'élégance de Boileau il a plus de force que le législateur du Parnasse. Comme Boileau, Régnier imite Horace, Juvénal, et aussi les satiriques italiens, mais il imite à la manière de Corneille prenant le Cid de Guillem

de Castro; son ouvre est bien à lui. Les épîtres, les élégies de Régnier sont gracieuses, et ce poète clôt dignement le xvie siècle. Avec lui disparaît l'influence directe de la Pléiade, et Malherbe ouvre une nouvelle voie à la poésie française.

CHAPITRE III

LA PROSE

THÉOLOGIENS

LA Réforme devait exercer une grande influence sur la prose française; l'esprit de controverse suscita

beaucoup d'écrits qui durent paraître en Calvin.

français pour être compris par le plus grand nombre de lecteurs. Lorsque François Ier, après son entrevue avec Clément VII en 1533, usa de rigueur envers les luthériens et ne subit plus l'influence de sa gracieuse soeur, Marguerite, un jeune homme de vingt-six ans, Jean Calvin, adressa au roi en 1535 une lettre éloquente en faveur des opprimés. En 1536 Calvin publia son “ Institutio religionis christiane," qu'il traduisit en français quatre ans plus tard et qui devint le bréviaire de l'église réformée. L'“Institution Chrétienne” est le premier livre de controverse religieuse écrit en français, et le style ferme, concis, énergique en a fait un des ouvrages les plus importants de la littérature française. Pour exprimer de nouvelles idées il fallut que Calvin créât un style nouveau. Dans son livre il pousse à l'extrême la doctrine de la prédestination, et ceci ne nous

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