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roi le moins chevaleresque qu'il y eût jamais. Rien, avant Rabelais, n'égale la verve satirique et la force du “Petit” et du “Grand Testament” et la grâce et la philosophie mélancolique de la “Ballade des Dames du Temps Jadis.”

CHAPITRE VI

L'HISTOIRE ET CUVRES DIVERSES EN PROSE

L'USAGE universel du latin au moyen âge par les savants fit beaucoup de tort à la prose française, et celle-ci ne se développa que fort tard. L'histoire et tous les genres sérieux furent écrits en latin et il fallut l'intérêt que prenait le peuple aux croisades pour que les relations de ces grands événements fussent écrites en français. Il y eut des lettres en cette langue, telles que celle de Jean Sarrazin au xi11° siècle, et les histoires remarquables de Villehardouin et de Joinville. Les trois premières croisades n'eurent pas d'historiens célèbres, c'est la quatrième qui sert de sujet à Villehardouin. La croi- Villeharsade contre Constantinople est une des douin. expéditions les plus curieuses de l'histoire ; partis pour combattre les musulmans, les Occidentaux arrivés à Venise, prirent la route de Constantinople et firent la conquête de la grande ville des empereurs d'Orient. Le renversement de l'empire grec par les Latins, un comte de Flandre sur le trône d'Alexis Comnène, ces événements frappèrent vivement l'imagination et inspirèrent le maréchal de Champagne, Geoffroi de Villehardouin. Né vers 1160, mort vers 1213, Villehardouin accompagna à la croisade le marquis de Montferrat et dicta dans un style vigoureux et simple le récit des événements auxquels il assista. Son histoire a été comparée à une épopée et, au point de vue du style, c'est l'ouvrage historique le plus énergique du moyen âge.

Champenois comme Villehardouin fut le sire de Joinville qui nous raconte la première croisade de

Louis IX. Le compagnon du saint roi Joinville.

naquit en 1224 et mourut en 1317, et c'est à la fin de sa longue vie qu'il offrit à Louis le Hutin le livre "des saintes paroles et des bons faits de Louis le Saint. L'œuvre de Joinville est plus inégale que celle de Villehardouin et n'est pas aussi bien coordonnée. Le sénéchal de Champagne ne possède pas la vigueur du maréchal de Champagne, mais avec quelle naïveté, quelle vérité, il nous trace le portrait de cet homme admirable qui fut le roi Louis IX. Le récit a tout l'intérêt d’un roman et on lit avec un vif plaisir le livre de l'aimable biographe du meilleur des rois.

Le chroniqueur le plus intéressant après Joinville est Froissart, né à Valenciennes vers 1337, mort vers

1410. La langue de cette époque est plus Froissart.

facile à comprendre que celle de Villehardouin et même de Joinville, aussi les chroniques de Froissart sont plus connues que celles de ses devanciers. Le poète-historien va dans toutes les cours de l'Europe ; il lit ses poèmes aux rois, aux grandes dames, aux seigneurs, mais en même temps il observe les événements, il recueille les anecdotes, il écoute les récits et il met sous les yeux du lecteur la vie réelle de l'Europe féodale. C'est en lisant Froissart que nous comprenons bien ce que c'était que la guerre de Cent Ans; il nous fait voir les Anglais et les Français sur les terribles champs de bataille de Crécy et de Poitiers, mais il nous les montre aussi aux tournois, où enivrés par les doux regards de leurs dames les chevaliers joutaient et rompaient des lances dans l'arène bien souvent ensanglantée.

Christine de Pisan, déjà citée comme poète, écrivit “Le Livre des Faits et bonnes Meurs du sage roi Charles V," et nous pouvons

mentionner

Christine encore parmi les chroniqueurs, Enguer

de Pisan. rand de Monstrelet et Juvénal des Ursins. Aucun de ces auteurs, cependant, ne cherche les causes des événements et les résultats, au point de vue philosophique, aussi ne peut-on les appeler réellement des historiens. Le premier auteur qui mérite ce titre est Philippe de Comines, né vers 1445, mort en 1511.

Comines naquit sujet du duc Philippe de Bourgogne et nous le voyons au service du comte de Charolais, plus tard Charles le Téméraire. Lorsque Louis XI vint si imprudemment à Péronne de Comines.

Philippe se mettre entre les griffes du lion Comines apprit à connaître le caractère de son maître et celui du roi. Il vit que Louis devait triompher de Charles, il servit secrètement le roi à Péronne, et peu après, devint son conseiller le plus intime. A la mort de Louis XI Comines ne fut pas en faveur sous Charles VIII, mais cependant il prit part à la bataille de Fornoue et remplit quelques missions diplomatiques en Italie. Louis XII le favorisa et ce fut sous ce règne qu'il écrivit son histoire. Il ne se contente pas de raconter, il critique, il voit le mobile qui fait agir les hommes. Il est presque un moderne, mais il n'est pas de la Renaissance, car il ne sait pas le latin, Ce qui nous intéresse dans Comines c'est l'histoire de la France de Louis XI. Il nous décrit la lutte de la royauté et de la féodalité qui est agonisante, et nous fait voir le roi ayant à côté de lui Olivier le Daim et Tristan l'Hermite, le roi mal vêtu, de petite mine, mais qui a fait tomber la tête de St. Pol et de Nemours et qui a recueilli presque tout l'héritage de Charles le Témeraire et celui de René d'Anjou. Pour Comines, cependant, “la fin justifie les moyens," et Louis XI est grand, puisqu'il a réussi à abattre ses ennemis. L'historien du xve siècle avait raison d'admirer les talents du politique, mais la postérité n'a pas oublié, comme Philippe de Comines, que l'homme fut mauvais fils, mauvais époux et mauvais père. L'historien de nos jours demande aux grands hommes les qualités du coeur aussi bien que celles de l'esprit, sinon sur le génie il y aura toujours une tache qui en diminuera l'éclat.

La théologie est l'étude principale du moyen âge, et les deux grands théologiens de cette époque sont

Saint Ber- Saint Bernard, et Abélard si fameux surnard et Abé- tout pour son amour pour Héloïse. C'est lard.

au moyen âge que parut cette æuvre extraordinaire, l'"Imitation de Jésus-Christ,” attribuée à Thomas-à-Kempis et, par quelques-uns, à Jean Gerson.

Le principal roman du moyen âge est le “Petit Jehan de Saintré," écrit probablement par Antoine

de La Salle, à qui on attribue aussi Antoine de

1'“ Avocat Pathelin.” Il n'y a rien de La Salle.

plus amusant, de plus gracieux que cette fine critique de la chevalerie, où nous voyons le jeune chevalier, la dame des Belles Cousines et le riche abbé jouer des rôles si divers.

SECONDE PARTIE

LE SEIZIÈME SIÈCLE

CHAPITRE I

sance.

LA RENAISSANCE ET FRANÇOIS Ter LE pouvoir royal affermi par les quatre grands Capétiens, Louis VI, Philippe-Auguste, Saint Louis et Philippe le Bel, avait agrandi la France La Renaiset avait amélioré le sort du peuple en diminuant le pouvoir des seigneurs féodaux. Lorsque Philippe de Valois monta sur le trône en 1328 l'avenir semblait promettre une heureuse carrière à la nouvelle dynastie. Les terribles guerres, dites des Anglais, les luttes des Armagnacs et des Bourguignons, mirent la France à deux doigts de sa perte et accablèrent le peuple de maux de toutes sortes. La nouvelle féodalité sortie des fleurs-de-lys était aussi puissante que le roi,

, et lorsque Jeanne la Pucelle eut délivré le royaume des Anglais il fallut que Louis XI abattît de nouveau le pouvoir des seigneurs. De Philippe VI à Charles VII, la France combat pour son existence nationale, sous Louis XI elle se fortifie, elle arrondit ses frontières, elle se prépare pour la guerre à l'étranger. Charles

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