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il nous présente un aperçu des connaissances du temps et les popularise. La poésie de Guillaume de Lorris et la force satirique de Jean de Meun eurent un immense succès, et le “Roman de la Rose” fut populaire pendant plusieurs siècles. Chaucer le traduisit, Marot le rajeunit, et il fut attaqué et défendu avec ardeur.

Le “Roman de la Rose" est allégorique, mais il est aussi didactique. On se servait aussi pour en

Poèmes di seigner la morale, les sciences ou la

dactiques. théologie, des Lapidaires, des Bestiaires, des Volucraires, ouvrages où les pierres précieuses, les animaux, les oiseaux servent de prétexte à la morale. Il y avait aussi les Bibles, telles que celles de Guyot de Provins, les Dits, courts récits sur différents sujets, et les Débats, principalement religieux, comme le “Débat du Corps et de l'Âme” si souvent cité. La poésie didactique, cependant, n'est pas plus intéressante dans la littérature du moyen âge que dans celle des autres époques et nous passerons à la poésie lyrique.

La littérature du Nord, aussi bien que celle du Midi, est riche en poètes lyriques. Nous avons un

Poésie grand nombre de charmants petits poèmes

lyrique. du xine et du XII° siècle, et peut-être du xio: chansons d'histoire ou chansons de toile, que chantaient les femmes en travaillant, “ Belle Idoine," “Belle Doette," anonymes, “ Belle Argentine,” “ Belle Isabel,” par Audefroi le Bâtard, d'Arras, du XIII siècle. Rien de plus gracieux, de plus dramatique, que les petites chansons d'histoire; motets; rotrouenges à refrain; serventois, composés par ou pour les gens au service des grands seigneurs; rondeaux, ballettes, estampies, virelis ou virelais, qu'on chantait en dansant; pastourelles, où un chevalier rencontre toujours une bergère et lui adresse des paroles d'amour, genre lyrique le plus gracieux de tout le moyen âge, où l'amour est fin, délicat et tendre; chansons de croisade, dont la complainte attribuée à la dame de Fayel est le modèle du genre; enfin les lais, dont nous avons déjà parlé, et dont les plus célèbres sont ceux de Marie de France qui vivait à la cour de Henri II d'Angleterre.

L'influence de la poésie provençale, presque toute lyrique et consacrée à l'amour, fut grande sur les poètes du Nord, et ceux-ci prirent le Poésie lyrigenre des chanteurs du Sud et rivalisèrent que du xiiie avec eux en courtoisie. Le XIIIe siècle siècle. est l'époque la plus florissante de la poésie lyrique, c'est alors que nous voyons Quesne de Béthune, mort en 1224, qui se plaint que les Parisiens se moquaient de son langage picard et qui disait:

“Ne cil ne sont bien appris ne cortois,

Qui m'ont repris, se j'ai dit mot d’artois." Il écrivait pour Marie de Champagne, cette fille d'Éléonore d’Aquitaine, qui protégeait les lettres et qui inspirait aussi Chrétien de Troies. Mentionnons encore du commencement du XIIIe siècle ou de la fin du xire, le Châtelain de Couci, Gace Brulé, Colin Muset, Blondel de Nesle, à qui la légende attribue la délivrance du roi Richard, et Cour de Lion lui-même, aussi bon ménestrel que vaillant guerrier.

Thibaut de Tout bon poète que fut Richard d’Angle

Champag-9. terre il

у eut un autre roi trouvère plus célèbre que lui, c'est le chevaleresque Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre. Ce fut lui qui vint en aide à la reine Blanche, lorsque, à la mort de Louis VIII, les seigneurs voulurent profiter de la régence d'une femme pour secouer le joug imposé par Philippe-Auguste. On prétend que ce fut l'amour de Thibaut pour la mère de Saint Louis qui inspira ses douces chansons; quoi qu'il en soit, le comte de Champagne est un gracieux chansonnier et l'on peut le comparer à ces autres princes poètes, Charles d'Orléans et Jacques ser d'Écosse. Malgré l'ignorance de la plupart des seigneurs et des princes du moyen âge on doit reconnaître qu'il y en eut un assez grand nombre qui cultivèrent les lettres. C'est à eux et à leur influence qu'on doit beaucoup d'ouvrages écrits en langue vulgaire, car les clercs se servirent du latin et dédaignèrent la langue du pays, que ce fût la langue d’oc ou la langue d’oil. Charles d'Anjou fut poète, Charles V et son fils Louis d'Orléans furent des lettrés, ainsi que le bon roi René et même Louis XI, le madré compère.

Bien différents de Thibaut de Champagne sont Jean Bodel et Adam de la Halle avec leurs congés,

l'un mélancolique et l'autre satirique, Rustebeuf.

et Rustebeuf. L'auteur du “ Miracle de Théophile" et de tant de fableaux spirituels et mordants, atteint à la hauteur de la poésie lyrique, quand il parle de son sort de pauvre poète sans feu ni lieu dans “La Pauvreté Rustebeuf,” “Le Mariage Rustebeuf," " La Mort Rustebeuf.” Il est cependant, plutôt satirique et raille les personnes et les choses de son temps avec une vigueur que nous ne trouvons nulle part ailleurs avant Villon.

La poésie du xive et du xve siècle est plus artificielle que celle du xine, et la ballade, le chant royal, le triolet, ont une mesure plus variée et plus

Poésie lyridifficile que celle des rondeaux plus anciens et des pastourelles. Mentionnons que du xive et les ballades de Guillaume de Machault et d'Eustache Deschamps, poètes champenois tous les deux et vivant dans la faveur des grands, ainsi que Froissart, le chroniqueur, dont les vers ne manquent pas de mérite.

Un autre historien, qui fut aussi poète, fut Christine de Pisan, le second nom important de femme que nous rencontrions dans la littérature française. Alain Chartier, poète de la cour de Charles VII, dut être un chanteur bien harmonieux, puisque Marguerite d'Écosse, Dauphine de France, femme du prince qui fut plus tard Louis XI, trouvant un jour le poète endormi sur un banc, embrassa ses lèvres qui avaient prononcé tant de douces paroles.

Les deux meilleurs poètes du xve siècle furent Charles d'Orléans et Villon, un prince et un vagabond. Le nom du premier nous rappelle Charles une triste époque de l'histoire de France. d'Orléans. Après Crécy et Poitiers le royaume semblait perdu, mais malgré la Jacquerie, malgré Charles le Mauvais, malgré les Anglais, Charles le Sage avait réussi, avec l'aide de Du Guesclin, à reconstituer le pays et il avait laissé à son fils un puissant héritage. Charles VI devient fou, les grands seigneurs se disputent le pouvoir, Jean de Bourgogne fait tuer Louis d'Orléans, frère du roi, les Armagnacs et les Bourguignons s'entredéchirent, l'Anglais pénètre encore dans le royaume, et en 1415 Henri V est vainqueur à Azincourt. Sur ce champ de bataille fatal la noblesse est

décimée et les plus grands seigneurs de France sont tués ou faits prisonniers. Parmi ceux-ci était Charles d'Orléans, père du roi Louis XII, dont la captivité devait durer vingt-cinq ans. Dans sa prison d'Angleterre le prince français devient poète. Il chante, mais non pas avec énergie; le prisonnier d’Azincourt n'a pas la voix mâle d'un Tyrtée, d’un Rouget de Lisle, excitant à la guerre, à la vengeance; il parle d'amour ou s'occupe du renouveau qui amène les oiseaux et les fleurs. Charles d'Orléans est le plus gracieux poète du moyen âge, Villon en est le plus énergique.

Le xve siècle, auquel appartenait Villon, est en réalité une époque de transition entre le moyen âge

et la Renaissance, et l'on peut considérer Villon.

Louis XI le premier roi de la France moderne, mais de tous les contemporains de ce monarque, Villon et Comines sont les seuls qui appartiennent plutôt à la nouvelle époque qu’à l'ancienne, et il vaut mieux les classer parmi les écrivains du moyen âge. D'ailleurs, le siècle de Louis XI n'était pas encore pénétré de l'esprit de l'antiquité, qui amena vraiment la Renaissance, et le xvie siècle est l'époque qui sut s'inspirer des chefs-d'ouvre grecs et latins. François Villon naquit à Paris en 1431 et mourut vers 1484. Il eut une vie accidentée et

у

fait allusion dans ses récits. Il eut à s'enfuir plusieurs fois de Paris pour échapper à la justice et fut même condamné à être pendu pour vol. On raconte qu'il dut sa grâce à l'intercession de Charles d'Orléans et que Louis XI le libéra de prison à Meung, où l'avait mis l'évêque d'Orléans. Le poète vagabond, qui savait si bien critiquer les gens de tout état, devait plaire au

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