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M. DCC. LXX V.
Avec Approbation & Privilege du Roi.

NOMS DES ASSOCIÉS.

La Veuve SAVOYE, rue Saint-Jacques , à

l'Espérance. La Veuve DESAINT, rue du Foin-Saint

Jacques. SAILLANI & Nyon, rue Saint-Jean-de

Beauvais. BARBOU, rue & vis •à - vis la grille des

Mathurins. AUMONT, Pavillon des

quatre Nations, BROCAS, rue Saint-Jacques, au Chef S.

Jean. HUMBLOT , rue Saint-Jacques, près S,

Yves,
DURAND neveu , rue Galande, Hôtel

Lesleville.
DURAND SUGERES , rue du Foin-Saint-

Jacques,

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AU ROI.

Quoique cette Piéce soit placée avant toutes les qutres, elle n'a pourtant pas été faite la premiere. L'Auteur la composa au commencement de l'année 2663, ilavoit déja fait cinq Satires. La méme année ce Difcours fut inséré dans un Recueil de Poésies, avant que l'Auteur eût eu le tems de le corriger. Il be fit imprimer lui-même l'année suivante 2666 avec les fept premieres Satires.

EUNE & vaillant Héros, dont la haute sagesse N'est point le fruit tardif d'une lente vieillesse , Et qui seul, sans Ministre, à l'exemple des Dieux, Soutiens tout par Toi-même, & vois tout par tes yeux, GRAND Roi; si jusqu'ici, par un trait de prudence, J'ai demeuré

pour

Toi dans un humble filence,
Ce n'est pas que mon cæur, vainement suspendu,
Balance pour e'offrir un encens qui t'est du.
Mais je fais peu louer , & ma Muse tremblante
Fuit d'un si grand fardeau la charge trop pesante,

Et dans ce haut éclat où Tu te viens offrir ,
Touchant à tes lauriers, craindroit de les flétrir.

Ainsi , sans m'aveugler d'une vaine manie,
Je mesure mon vol à mon foible génie :
Plus sage en mon respect, que ces hardis mortels,
Qui d'un indigne encens profanent tes autels ;
Qui dans ce champ d'honneur, où le gain les amene
Osent chanter con nom sans force & fans haleine ;
Et qui vont tous les jours, d'une importune voix,
T'ennuyer du récit de tes propres exploits.

L'un en style pompeux habillant une Eglogne,
De ses rares vertus Te fait un long prologue,
Et mêle en se vantant soi-même à tout propos,
Les louanges d'un Fat à celles d'un Héros.

L'autre en vain se lassant à polir une rime,
Et reprenant vingt fois le rabot & la lime,
Grand & nouvel effort d'un esprit fans pareil !
Dans la fin d'un Sonnet Te compare au Soleil.

Sur le haut Hélicon leur veine méprisée, Fut toujours des neuf Sæurs la fable & la risée. Calliope jamais ne daigna leur parler, Et Pégase pour eux refuse de voler. Cependant à les voir enflés de tant d'audace, Te promettre en leur nom les faveurs du Parnasse, On diroit , qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon, Qu'ils disposent de tout dans le sacré Vallon. C'est à leurs doces mains , si l'on veut les en croire, Que Phébus a commis tout le soin de ta gloire : Et ton nom , du Midi jusqu'à l'Ourse vanté, Ne devra qu’à leurs vers son immortalité. Mais plutôç sans ce nom, dont la vive lumiere

Donne un lustre éclatant à leur veine grossiere;
Ils verroient leurs écrits, honte de l'Univers,
Pourrir dans la poussiere à la merci des vers.
A l'ombre de ton nom ils trouvent leur afile;
Comme on voit dans les champs un arbrisseau débile;
Qui, sans l'heureux appui qui le tient attaché,
Languiroit tristement sur la terre couché.

Ce n'est pas que ma plume injuste & téméraire ;
Veuille blâmer en eux le dessein de Te plaire :
Et parmi tant d'Auteurs, je veux bien l'avouer ,
Apollon en connoît qui Te peuvent louer.
Oui, je sais qu'entreceux qui T'adressent leurs veilles,
Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles.
Mais je ne puis souffrir , qu’un Esprit de travers ,'
Qui pour rimer des mots pense faire des vers,
Se donne en Te louant une gêne inutile.
Pour chanter un Auguste , il faut être un Virgile.
Et j'approuve les soins du Monarque guerrier,
Qui ne pouvoit souffrir qu’un Artisan grossier
Entreprît de tracer, d'une main criminelle,
Un portrait réservé pour le pinceau d'Apelle.

Moi donc, qui connois peu Phébus & ses douceurs, Qui suis nouveau sevré sur le mont des neuf Sæurs : Attendant que pour Toi l'âge ait mûri ma Muse , Sur de moindres sujets je l'exerce & l'amuse : Et tandis que ton bras, des peuples redouté, Va, la foudre à la main , rétablir l'équité, Et retient les méchans par la peur des supplices, Moi, la plume à la main , je gourmande les vices; Et gardant pour moi-même une juste rigueur, Je confie au papier les secrets de mon cæur.

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