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illustrations de l'antiquité et celles des temps modernes, les Grecs et les Français, les César et les Napoléon.

Une composition intitulée : le Bonheur d'être belle, qu'elle publia alors, semble l'expression de la félicité dont elle jouissait.

Ici se place le voyage qu'elle fit avec sa mère en Italie, véri.table ovation que termina le couronnement de la jeune fille au Capitole.

A son retour, mademoiselle Gay publia des poésies où les regrets trouvent déjà leur place : Il m'aimait, le Repentir, le Désenchantement, etc.

Cependant la jeune fille était entourée d'adorations ; l'encens sous toutes les formes lui était prodigué. Ces triomphes auraient pu avoir sur son talent une funeste influence, si elle n'eût caché, sous une forme charmante et légère, un esprit cultivé et profond et une grande rectitude de jugement.

Son mariage avec M. Émile de Girardin, en 1831, la fit entrer dans une voie plus sérieuse, en lui révélant sa véritable vocation.

Napoline, sa meilleure élégie mondaine, venait de paraître : ce sut son dernier ouvrage en ce genre. Mariée, elle ne rima plus que pour le théâtre, quelques satires exceptées : la plus remarquable est une diatribe amère lancée contre le général Cavaignac (1848).

De cette époque datent les plus solides succès de madame de Girardin.

L'année même de son mariage elle s'essaya dans le roman : le Lorgnon et la Canne de M. de Balzac sont, sans contredit, ses meilleurs ouvrages en ce genre.

Marguerite, ou Deux amours, et Monsieur le Marquis de Pontanges, peuvent être considérés comme deux paradoxes de sentiment que madame de Girardin, malgré tout son esprit, nous fait difficilement accepter.

Au théâtre, ses deux tragédies, Judith et Cléopâtre, æuvres viriles que l'on s'étonne de trouver sous une plume féminine, n'obtinrent cependant qu'un médiocre succès.

Plus tard, l'École des Journalistes, Lady Tartuffe, vinrent

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prouver ce que pouvait la verve originale et satirique de madame de Girardin.

Mais quoique son théâtre eût suffi pour lui faire un nom illustre, quoiqu'elle ait excellé dans le roman, son æuvre capitale est, sans contredit, ses Lettres parisiennes. La spirituelle femme le sentit si bien, qu'un jour elle dit elle-même :

« Il est arrivé ceci : Un éditeur audacieux, il pouvait faire une » mauvaise affaire, a imaginé de réunir en volumes ces feuil» letons éphémères, griffonnés à la båle, et que nous croyions » destinés au plus favorable oubli. Cette collection de commé» rages a obtenu un succès inespéré.

» Un homme d'esprit, après l'avoir parcourue, en a fait un

éloge mémorable : « C'est étonnant comme ça supporle la » lecture! » a-t-il dit. – Et l'on n'a jamais rien dit de plus flat» teur pour un livre. »

Madame de Girardin avait raison : rien ne peut donner idée de la vogue qu'obtinrent les feuilletons du Vicomte de Launay. Ces causeries scintillantes, faites au courant de la plume, qui racontaient aux Parisiens leur histoire, histoire de détail, histoire intime qui échappe aux grands historiens; ces causeries étaient attendues avec une impatience fébrile par le public. Le samedi, on s'arrachait le journal, et c'est bien à madame de Girardin que la Presse dut alors ses plus beaux succès.

Créatrice du Courrier de Paris, elle resta un modèle dans ce genre.

Moraliste de salon, mais, comme l'a dit un écrivain, d'un salon dont les fenêtres s'ouvraient sur la place publique, l'imagination active de madame de Girardin, son éloquence naturelle, son esprit juste et satirique, trouvèrent ample aliment et ample carrière pendant les années où elle écrivit.

Années qui furent les plus singulières de ce siècle singulier, non par la grandeur des faits, mais par la succession rapide des événements et des hommes, par la mobilité des idées et par

la liberté laissée aux écrivains !

Il fallut cependant une grande habileté à cette jeune femme pour

oser dire tant de vérités. Mais madame de Girardin les disait en riant, et en France on pardonne beaucoup à celui qui fait rire !

Du reste, madame de Girardin fut bien véritablement l'expression vivante du monde parisien : avec urte raison étendue, une grande générosité d'âme, une intelligence supérieure, elle avait l'expérience qui rend indulgent, et l'aimable femme s'accommodait en philosophe de son siècle, de ses contemporains, voire même de leurs défauts. Parfois elle s'indignait à la vue d'une injustice, d'une mauvaise action, et s'écriait : « C'est une rude lâche que la » vie! » Mais vite elle ajoutait : « Heureusement, nous avons les » ridicules de tous pour nous amuser, et dans nos jours de colère, » nous nous désarmons nous-même en riant. »

Son imagination lui fournissait d'inépuisables sujets : un bal, une chasse, un changement de mode ou un changement de saison, une Anglaise brune ou une exposition, une paire de bottines ou une perruque, tout lui était bon. A propos de tout et à propos de rien, elle se livre, sous prétexte de choses légères, à des satires souvent profondes.

Son chapitre des grandes dames portières, des coiffeurs austères, des médecins gracieux et des juges å bonnes fortunes , aurait été digne d'être signé par la Bruyère, - et quelques-uns des hommes politiques qu'elle a jugés resteront jugés pour la postérité.

Cependant quelquefois madame de Girardin, fatiguée des mièvreries de sa tâche de feuilletoniste, reprenait sa plume de poëte et se réveillait dans de généreuses explosions. C'est alors qu'elle écrivait des pages pleines de grandeur et d'éloquence, et lançait au monde, contre lequel elle se révoltait, des accusations comme celles contenues dans ses lignes intitulées : A bas l'égalité ! et son chapitre des qualités nuisibles et des défauts profitables.

A ces qualités d'écrivain , madame de Girardin joignait toutes les gråces féminines : elle était femme et femme du monde dans la meilleure acception du mot. Dans son salon, l'un des derniers centres où se réunirent l'esprit et l'élégance, elle trônait au milieu de toutes les célébrités littéraires de l'époque : Lamartine, Victor Hugo, Balzac, Soulié, Théophile Gautier et tutti quanti.

Là se discutaient les discours des Chambres, les actes politiques, les hommes au pouvoir. Dans ces conversations, où elle trouvait tant de charmes, madame de Girardin laissait jaillir toutes les étincelles de son esprit au feu de la discussion. Son éloquence était intarissable; elle étonnait par la profondeur de ses aperçus et par la justesse de ses expressions.

Elle aimait ces causeries au point de déplorer quelquefois la nécessité qui la forçait à prendre la plume; mais, assise à son bureau, l'activité de son esprit l'emportait, et elle écrivait ces Lettres charmantes qui l'ont placée dans la société de madame de Sévigné, de madame de Caylus et de mademoiselle de la Fayette.

Madame de Girardin cessa d'écrire son Courrier de Paris après les événements de 1848, qu'elle avait prévus et annoncés dès 1847. Revenue à la littérature théâtrale, madame de Girardin composa sous ce titre : La joie fait peur, tout un grand drame dans un petit cadre; le Chapeau de l'horloger, un éclat de rire mis en vaudeville; mais la mort vint malheureusement arrêter, dès l'année 1855, cette verve de production et faire taire l'écho de cette voix charmante que le monde aimait à entendre.

Il est difficile d'assigner dans l'avenir une place à madame de Girardin, mais nous pouvons dire qu'elle a pris, pour aller à la postérité, le chemin que M. de Fontenelle indiquait aux écrivains lorsqu'il a dit : « Qui veut peindre pour la postérité, doit peindre les sots. »

LÉON NOEL.

CHRONIQUE GÉNÉRALE.

Cette partie de notre cadre est destinée à enregistrer tous les faits qui intéressent les lettres, les arts, le théâtre, la philosophie et le droit.

Nous comptons également, sous ce titre, résumer en quelques lignes ou en quelques mots les livres récents auxquels il nous aura été impossible de consacrer un article spécial. Nous appliquerons même ce procédé d'analyse rapide, ou plutôt d'indication sommaire, aux travaux littéraires publiés dans les autres recueils périodiques. En un mot, nous donnerons une Revue des revues.

Comme nos appréciations seront concises au point de se renfermer quelquefois dans l'indication des titres, elles ne pourront en rien déflorer l'intérêt qui s'attache au mérite original de chaque euvre.

Notre Revue, qui est la dernière née de la famille, espère que ses sæurs aînées ne verront dans cette attention qu'une preuve d'estime pour l'importance de leurs travaux, et de sympathie pour la durée de leur succès. Nous donnons d'ailleurs immédiatement un gage de notre bonne foi en demandant la réciprocité, et en désirant qu'on nous imite.

Cette habitude, si elle se généralisait, aurait toute la valeur d'une assurance mutuelle contre l'indifférence ou la distraction du public.

A ceux qui n'ont ni le temps ni les moyens de tout lire, notre travail donnera un aperçu aussi fidèle que possible de tout ce qui aura paru, de tout ce qui se sera fait en un mois dans le monde de la pensée ; à ceux qui lisent et qui suivent le mouvement littéraire il offrira la synthèse de leur étude quotidienne. Beaucoup de gens entendent parler d'un ouvrage et voudraient, soit pour l'acheter, soit pour comprendre seulement une conversation courante, en connaître l'objet , le sens, la portée, la valeur. Aussi chercherons-nous à nous inspirer toujours des livres eux-mêmes sans faire un article nouveau à côté du livre.

C'est un cadre modeste, mais très-vaste, que celui qui est ouvert à la Critique.

En France, en Angleterre; il existe des revues excellentes qui n'ont pas de rivales dans le monde. C'est là que l'élite de notre littérature se forme, se recrute, se retrouve. Mais, il faut bien le reconnaitre, ce sont de véritables Magazines - comme on dit en Angleterre, recevant des articles rédigés dans un esprit souvent opposé, publiant des pro

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